DVDFr | Roger Corman d’après Edgar Allan Poe en 8 films : le test complet du Blu

Les 8 films fantastiques adaptés d’Edgar Allan Poe par
le cinéaste Roger Corman de 1960 à 1964, enfin rassemblés en
édition cinéphile.

La Chute de la maison Usher (The Fall of the
House of Usher / House of Usher
, USA 1960) de Roger Corman
obtint un succès critique et commercial d’une telle ampleur
qu’il donna naissance à une série de 8 titres produits et
réalisés par Corman de 1960 à 1964, que les cinéphiles
français nommèrent assez vite « la série Edgar Poe » . Elle est
constituée, dans l’ordre de distribution chronologique
ascendant, par La Chute de la maison Usher (The Fall
of the House of Usher / House of Usher
, première cinéma
aux USA juin 1960), La Chambre des tortures (Pit and
the Pendulum / The Pit and the Pendulum
, USA août 1961),
L’Enterré vivant (The Premature Burial, USA mars
1962), L’Empire de la terreur (Tales of
Terror
,USA juillet 1962), Le Corbeau (USA janvier
1963), La Malédiction d’Arkham (The Haunted
Palace
, USA août 1963), Le Masque de la Mort rouge
(USA juin 1964), La Tombe de Ligeia (USA novembre
1964). Chaque titre est indépendant des autres, plus ou moins
fidèlement adapté d’histoires fantastiques d’horreur et
d’épouvante écrites par Edgar Allan Poe (1809-1849), mais tous
sont unifiés plastiquement par la mise en scène de Corman.

Si on veut connaître la genèse du premier film de 1960 et
disposer d’une vue d’ensemble de l’évolution de la série de
1960 à 1964, on peut relire deux textes très
complémentaires.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

D’abord, relire le savoureux chapitre 7 de l’autobiographie
de Corman, Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre
un centime
(paru aux USA en 1990, traduit en 2018 aux
éditions Capricci). Alors que les producteurs Samuel Z. Arkoff
et James H. Nicholson, les patrons de la firme American
International Pictures (AIP), lui proposaient en 1960 de
réaliser deux films fantastiques en N&B pour un budget de 100
000 $ chacun, Corman refusa et leur proposa de signer un seul
film mais doté d’un budget supérieur, en CinemaScope et en
couleurs, adaptant ce célèbre conte de Poe, auteur étudié dans
toutes les classes de lycée aux USA et très aimé par les
adolescents. A la commerciale question de Arkoff – « Mais,
Roger, qui sera le monstre ? » – Corman répondit avec
assurance : « La maison » !

Ensuite relire l’entretien de Chris Wiking et Vincent
Porter avec Roger Corman, traduit par Michel Caen et publié
dans Midi-Minuit Fantastique n°10/11 de l’hiver
1964-1965 (tome 2 de la nouvelle édition Rouge profond,
Aix-en-Provence 2015, page 649), alors qu’il venait de
produire et réaliser l’ultime titre de la série, dans lequel
il déclarait : « Si je considère comment les choses ont
démarré, je dois avouer que je n’avais pas du tout l’intention
de faire une « série Poe ». Je voulais [adapter] La Chute de
la maison Usher
et je pensais que, si les choses
marchaient bien, je ferais par la suite Le Puits et le
Pendule
et Le Masque de la Mort rouge. » Au moment
où paraît la traduction de cet entretien, la série n’est que
très incomplètement distribuée en France car ses titres
sortent avec un décalage moyen de 4 ans par rapport à leurs
sorties américaines en exclusivité : les deux derniers
produits en 1964 n’arrivent par exemple chez nous et en
Belgique que durant la saison cinématographique 1968-1969.
Bien que la moitié en soit donc, en cet hiver 1964-1965,
encore invisible pour plusieurs années, on peut dire que sa
réputation l’a précédée : la critique française a déjà pu
visionner les premiers titres et elle attend impatiemment les
suivants. Tout ce qui s’y rapporte est donc avidement
consulté.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

Corman venait de réaliser, durant les années 1955-1960, des
films B de genres variés (aventures, westerns, policiers,
comédies, science-fiction, Rock n’Roll) pour AIP et il voulait
prouver qu’il pouvait adapter Edgar Poe, si souvent porté à
l’écran par le cinéma fantastique. Et une des histoires les
plus célèbres de Poe, ayant déjà inspiré bien des productions
des origines du cinéma muet à nos jours. Qu’on se souvienne de
la version muette expérimentale du cinéaste français Jean
Epstein (1928), sur laquelle Luis Bunuel avait été
assistant-réalisateur. Ou bien qu’on songe, tout récemment, à
Lady Usher’s Diary (Fr. 2022) d’Alexandre H. Mathis
avec Pamela Stanford en vedette, version non moins
expérimentale que celle de Epstein mais inaugurant un inédit
renversement de point de vue (*). Sans oublier des versions
commerciales aujourd’hui méconnues, par exemple celle réalisée
par Ivan Barnett avec Kay Tendenger en 1950. La filmographie
de Poe est un univers à part entière dans l’histoire du cinéma
fantastique et Corman le sait. En tant que
producteur-réalisateur, il avait donc parfaitement conscience
qu’il plaçait la barre assez haut mais qu’il pouvait laisser
sa marque à l’histoire du cinéma, en cas de succès : ce fut le
cas.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

De 1960 à 1964, Corman s’entoure de collaborateurs
talentueux : les scénaristes Richard Matheson (1960-1963),
Charles Beaumont (1963 et 1964), Robert Campbell (1964),
Robert Towne (1964), les directeurs de la photographie Floyd
Crosby (1960 à 1963), Nicolas Roeg, Alex Thompson et Arthur
Grant (pour les deux derniers produits aux USA mais tournés en
GB en 1964), le décorateur Daniel Haller (1960 à 1963, style
maintenu par les décorateurs anglais de 1964 supervisés par
Haller), les compositeurs Ronald Stein (admirable partition de
1963), Les Baxter, David Lee. Le casting fut, pour sa part,
d’une grande richesse : des acteurs réputés tels que Vincent
Price, Ray Milland, Boris Karloff, Basil Rathbone, Lon Chaney
Jr., Peter Lorre donnaient la réplique à une nouvelle
génération incarnée par des visages nouveaux tels que Skip
Martin, Patrick Magee, Nigel Green, Leo Gordon, Elisha Cook.
Du côté des actrices, une nouvelle génération était
représentée par Barbara Steele (1961 mais, hélas, Corman ne
lui confie qu’un rôle assez mince : c’est Luana Anders qui
joue, d’ailleurs bien, le rôle féminin principa), Debra Paget,
Hazel Court, Elizabeth Shepherd, Cathie Merchant, Maggie
Pierce, Joyce Jameson, Barboura Morris, Darlene Lucht. En
alliant d’une manière homogène ces talents par la rigueur
serrée de sa mise en scène, Corman créa un frisson nouveau,
baroque, inquiétant, ouvertement sous-tendu par son intérêt
revendiqué pour la psychanalyse freudienne (**).

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

Dans ce même entretien paru pendant l’hiver 1964-1965 dans
Midi-Minuit Fantastique n°10/11 (op. cit. supra, même
page 649), Corman esquissait d’une manière intéressante
l’évolution esthétique et thématique de la série, à présent
close : « Au début j’étais persuadé que le monde dans lequel
évoluaient nos personnages était une pure création de l’esprit
(celui d’Edgar Poe), l’illustration d’un monde subconscient ;
je croyais que rien n’était réel. C’est pour cela que je ne
tournais jamais en extérieurs, à l’exception d’un plan de
l’océan (…) et d’une forêt qui venait de brûler et c’était
une atmosphère très insolite. Je croyais que le moindre plan
réaliste ne pourrait que révéler l’artifice du monde que je
mettais en scène. Pour Ligéia, au contraire, j’ai
utilisé pour la première fois dans la série Poe des décors
naturels. (…) Et puis Ligeia, de tous mes films, est
le plus proche d’une véritable histoire d’amour. Il y a un
aspect très important chez Poe que nous avons peu traité
auparavant, c’est le thème de l’amour perdu : Annabelle Lee,
Leonora, Morella, Ligeia (…) « . Comme d’habitude, cette
déclaration est dotée d’une inégale valeur de vérité,
rapportée aux films : Corman et Matheson avaient, par exemple,
adapté l’histoire de Morella dès 1963 dans un moyen-métrage
qui ouvrait L’Empire de la terreur ; d’autre part il
n’y avait pas qu’un plan d’océan ou de forêt brûlée en fait de
décors naturels dans la série Poe : il y avait aussi des plans
de plage (1961), de forêt intacte (1962), de châteaux perchés
sur des falaises ou des collines par de savants artifices
optiques (1961 et 1963) sans oublier les si belles
reconstitutions de rues américaines du dix-neuvième siècle
(1962 et 1963), qu’il s’agisse de villes ou de villages. Reste
que Corman avait conscience de n’avoir traité que
marginalement certains aspects de Poe qu’il souhaitait alors
explorer davantage : certaines séquences de films noirs
policiers tels que Mitraillette Kelly (USA 1958),
L’Affaire Al Capone (The Saint Valentine’s Day
Massacre
, USA 1966) ou Bloody Mama (USA 1970) de
Corman portent, avant comme après la production de la série
Poe, des traces de l’influence de Poe sur le cinéaste. Corman
et ses scénaristes, au total, furent à la fois infidèles et
fidèles à Poe.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

La série Edgar Poe de Corman présente, sur le plan
technque, une qualité plastique homogène de 1960 à 1964 mais
les adaptations des scénaristes furent d’un niveau inégal, y
compris concernant la fidélité littéraire à Poe. La
Malédiction d’Arkham
est ainsi un film tout à fait
remarquable, peut-être même le meilleur de la série, mais, en
dépit de son titre américain original reproduisant celui d’un
poème célèbre (1839) de Poe et cité à une ou deux reprises en
intertitres, c’est d’abord une adaptation du court roman ou de
la longue nouvelle de Howard Phillips Lovecraft (1890-1937),
L’Affaire Charles Dexter Ward (1927). Le lien
littéraire avec Poe est donc réel mais ténu. En revanche son
lien esthétique avec Poe était revendiqué par Corman (même
entretien Midi-Minuit Fantastique n°10/11, page 648) :
« J’ai pris l’histoire de Lovecraft et je l’ai transposée dans
l’univers de Poe. ». On ne peut pas non plus parler, en 1963,
d’adaptation du célèbre poème élégiaque de Poe, Le
Corbeau
. Matheson lui-même l’a confirmé par la suite dans
un entretien en 2003 : ce n’était absolument pas une
adaptation mais une fiction totale prenant simplement
l’argument du poème pour base narrative. D’autres films de la
série sont davantage fidèles, sinon à la lettre, au moins à
l’esprit général des textes de Poe. Certaines innovations
méritent d’être relevées : la seconde histoire des trois que
compte L’Empire de la terreur est un étrange et adroit
mélange, oscillant entre comédie et terreur, de deux contes
d’Edgar Poe, Le Chat noir et La Barrique
d’Amontillado
. Même remarque pour l’insertion, dans la
trame de Le Masque de la mort rouge, d’un épisode
(purement dramatique, celui-là) adaptant Hop-Frog.
La Chambre des tortures est muni par Matheson d’une
intrigue rajoutée qui occupe la majeure partie du film alors
que le conte adapté Le Puits et le pendule (1842) ne
mettait en scène qu’un seul et unique personnage.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

Sur le plan de l’histoire du cinéma fantastique, la série
Edgar Poe de Roger Corman posa vraiment l’américaine AIP en
rivale de l’anglaise Hammer Films et des productions
italiennes de la période. Corman fut considéré par la critique
française spécialisée des années 1960-1970 comme un cinéaste
fantastique aussi important que ses contemporains anglais
(Terence Fisher) et italiens (Mario Bava). Edgar Poe était
chez nous, il est vrai – en raison de la traduction de Charles
Baudelaire et de ses notices biographiques enflammées
d’admiration pour ce poète, philosophe et prosateur américain
– une référence culturelle alors que les oeuvres littéraires
de Mary Shelley et Bram Stoker (adaptés par Fisher) ou de
Nicolas Gogol (adapté par Bava) étaient considérées,
comparativement, comme davantage confidentielles et mineures.
Le critique Jean de Baroncelli, du journal Le Monde, ne
croyait donc pas déchoir en allant visionner en 1961 un Corman
adapté de Poe ni en publiant un article sur La Chambre des
tortures
(***). L’acteur Vincent Price (vedette de 7 films
de la série) devint une star du cinéma fantastique aussi
importante pour l’AIP, durant la décennie 1960-1970, que
l’étaient alors les acteurs anglais Christopher Lee et Peter
Cushing pour la Hammer Films. Price était parfois tenté par un
certain expressionnisme mais également, à l’occasion, capable
d’une sobriété très concertée (la possession de Charles Dexter
Ward par le portrait de Joseph Curwen, par exemple, en 1963 ou
bien son interprétation inattendue de l’ultime titre de 1964).
Inversement, la belle actrice Hazel Court qui avait été la
vedette féminine du Hammer Films Frankenstein s’est
échappé
(The Curse of Frankenstein, GB 1957) de
Terence Fisher, joua aussi en vedette féminine dans la série
américaine Edgar Poe, en 1962, 1963 et 1964. Et lorsque le
dernier titre de la série, à savoir La Tombe de Ligeia,
fut tourné en Angleterre, Corman s’assura les services
d’Arthur Grant, l’un des meilleurs directeurs photos anglais
de la Hammer Films. Il y eut, par conséquent, ce qu’on
pourrait nommer des points de passage, sur le plan plastique
comme sur le plan du casting, entre la série Edgar Poe
américaine de Corman et la Hammer Films anglaise entre 1960 et
1964 : il ne faut surtout pas les méconnaître car ils
témoignent d’une émulation stylistique, d’un dialogue
esthétique dont les résultats furent, à tous points de vue,
remarquables des deux côtés de l’Atlantique.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

(*) Lien direct vers la page du
producteur-réalisateur-éditeur Alexandre H. Mathis dont ce
second film long-métrage (qui est aussi une sorte de
ciné-roman à cause de l’importance des intertitres) mérite
d’être découvert car il procure, en raison de ses innovations
plastiques et scénaristiques, une respiration nouvelle au
rapport entre cinéma et littérature :

-s-diary-film.html

(**) Si l’oeuvre de Poe a été attentivement analysée du
point de vue psychanalytique par Marie Bonaparte dès les
années 1930, les contributions de la série Edgar Poe de Corman
à une cinéma proprement psychanalytique ont été étudiées par
Lise Frenkel dans quelques pages suggestive de son article
Cinéma et psychanalyse (paru en deux parties in revues
Cinéma 71 n° 154 et 155).

(***) Jean de Baroncelli avait écrit une critique – dont le
livre de Jean-Marie Sabatier, Les Classiques du cinéma
fantastique
(éditions Balland, Paris 1973) cite le
fragment que je reproduis ci-après – certes un peu ambivalente
mais finalement, pour l’époque en tout cas, assez sympathique
et éclairée de La Chambre des tortures :

« Il y a quelque chose de fruste et d’élémentaire dans cette
adaptation au premier degré. Pourtant Poe n’en est pas
totalement absent. On y entend l’écho de sa voix et, entre
deux frissons nerveux, il nous arrive de ressentir ce que
Baudelaire appelait : ce malaise du coeur qui hante les
lieux immenses et singuliers
.

En réalité, Baroncelli manquait de points de comparaison
car, rétrospectivement, l’adaptation de Corman et Matheson
n’apparaît nullement « fruste et élémentaire » mais, tout au
contraire, raffinée et sophistiquée, assurément plus élaborée
et complexe sur le plan narratif que la nouvelle de Poe. Si on
recherche « quelque chose de fruste et d’élémentaire », il faut
se tourner vers l’adaptation française postérieure d’Alexandre
Astruc (son téléfilm produit par l’ORTF et diffusé en 1964,
édité en DVD en 2014 dans le tome 1 de la nouvelle édition
Rouge Profond de l’intégrale de la revue Midi-Minuit
Fantastique
) et bien davantage fidèle à l’histoire
originale de Poe dont elle respecte la simplicité narrative
mais dont elle perd inévitablement la richesse psychologique,
bien trop complexe pour être, telle quelle, adaptable.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

coffret 8 films sur 8 Blu-ray BD-50 région B et sur 8 DVD-9
+ 1 neuvième DVD de bonus + 1 livret de 158 pages, édités par
Sidonis Calysta le 08 novembre 2022. La Chute de la maison
Usher
(première cinéma juin 1960, durée film 79’) + La
Chambre des tortures
(août 1961, durée film 80’) +
L’Enterré vivant (mars 1962, durée film 81’) +
L’Empire de la terreur (juillet 1962, durée film 89’) +
Le Corbeau (janvier 1963, 86’) + La Malédiction
d’Arkham
(août 1963, 87’) + Le Masque de la Mort
rouge
(juin 1964, 89’) + La Tombe de Ligeia
(novembre 1964, 82’). Images couleurs au format original 2.35
respecté et compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 mono
VOSTF + VF d’époque. Durée totale programme : 673 min.
Suppléments : documentaire « Le Monde de Corman, les exploits
d’un rebelle à Hollywood » de Alex Stapleton (« Corman’s World:
Exploits of a Hollywood Rebel », 2011, 86’20”, VOSTF) sur 1
DVD séparé + présentations des films par Christophe Gans, Joe
Dante, Olivier Père, Patrick Brion, Bertrand Tavernier, Eric
Paccoud, Greg Carson + entretiens avec le cinéaste Roger
Corman et l’acteur Vincent Price + 1 séquence TV rajoutée +
bandes-annonces originales + fiches des films.

Livret « Roger Corman – Edgar Allan Poe : Les Démons
de l’esprit » rédigé par Marc Toullec

Ample travail (au titre comportant un clin d’oeil
curieusement hammerien car il fait référence au titre original
anglais du film de Peter Sykes) qui situe rapidement la série
dans l’histoire du cinéma fantastique puis examine très en
détail chacun des 8 films, dans leur ordre chronologique
correct de production et de distribution. Ensemble très bien
documenté à la fois sur le plan bibliographique (nombreux
extraits de livres, d’articles et d’entretiens, parus aux USA,
en Angleterre et quelques uns en France) et sur le plan
iconographique (nombreuses affiches, photos de plateau, photos
de production, photos d’exploitation sans oublier de rares et
amusantes photos d’archive, par exemple cet incroyable casting
de chats noirs, organisé en 1962 par AIP). Quelques bémols,
cependant : d’abord la bibliographie ne mentionne ni les dates
ni la nationalité des livres, revues et articles cités (ce
qui est contraire aux usages établis de l’édition et assez
fréquent concernant les livrets signés par Toullec); ensuite
les extraits cités en italiques ne sont pas reliés à leur
source, encore moins à sa pagination (ce qui est là encore
contraire aux usages établis de l’édition) ; enfin certaines
affiches, certaines photos d’exploitation (lobby cards) et
certaines photos de production (production stills) sont très
bien reproduites mais hélas détourées, autrement dit les
informations et textes inscrits sous leurs images sont amputés
au profit de la seule image (une constante de l’édition
française de livres et revues de cinéma qu’il faut absolument
réformer car on doit respecter l’intégralité d’un documents
d’histoire du cinéma). Par exemple page 98, on devrait pouvoir
lire en bas de l’affiche américaine originale de The
Haunted Palace
les noms du réalisateur (Roger Corman), du
scénariste (Charles Beaumont), des deux producteurs (Samuel Z.
Arkoff et James H. Nicholson) : la mise en page du livret a
tranquillement amputé ces informations visuelles qui font
pourtant partie de l’affiche au profit d’une légende rajoutée
qui n’a aucun intérêt. Quelques autres légendes curieuses ou
erronées sont lisibles sous certaines photos : en bas de la
page 79 on nous parle ainsi d’un supposé « regard concupiscent »
(sic) de l’hypnotiseur joué par Basil Rathbone alors qu’il ne
regarde absolument pas Debra Paget ; c’est même tout le
contraire car c’est elle qui le regarde mais pas non plus
d’une manière particulièrement « concupiscente » tandis que
Rathbone regarde droit devant lui, probablement vers son
patient joué par Vincent Price hors-champ. Il y a certes dans
le film des regards concupiscents de l’hypnotiseur joué par
Rathbone vers la Hélène jouée par Debra Paget mais pas sur
cette photo-là. Est-ce que Le Corbeau peut être
qualifié de « comédie loufoque » comme l’écrit la légende
inscrite au pied de son affiche page 80 et comme Corman ou
certains de ses collaborateurs ont pu le dire ? C’est une
comédie fantastique certes, assurément, bien sûr…mais ce
n’est tout de même pas non plus une pantalonnade et il y
flotte une certaine cruauté et une certaine inquiétude
fondamentales en dépit de son aspect comique manifeste ; Boris
Karloff, Peter Lorre et Vincent Price ne sont, au demeurant,
tout de même pas les Trois Stooges ! Les dernières pages sont
consacrées à l’histoire postérieure des adaptations d’Edgar
Poe par le cinéma fantastique mondial. Quelques photos et
commentaires des adaptations (très lointaines sur le plan de
la lettre mais respectant bien l’esprit de Poe) signées par
Gordon Hessler, au tournant de 1970.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

NB : je classe les titres dans leur ordre chronologique
ascendant de production et de distribution en première
exclusivité.

La Chute de la Maison Usher (USA première sortie en juin
1960) de Roger Corman  :

Présentation par Christophe Gans (2022,
46’43”) : riche et précise, elle couvre la situation de Corman
au moment du tournage, la genèse de la production, le tournage
(anecdote de la grange), le rapport scénario – oeuvre
originale de Poe, la mise en scène, la direction de la photo
de Floyd Crosby (ses dominantes rouges, ici), les décors de
Daniel Haller, les peintures montrées dans le film, l’acteur
Vincent Price. Pour les cinéphiles un peu plus pointus,
intéressantes remarques sur les versions muettes de 1928 et
sur de possibles allusions à Poe dans Un baquet de sang (USA
1959) de Roger Corman. Un bémol concernant l’analyse de la
mise en scène : il y a des recadrages assez fréquents dans les
dialogues et la mise en scène, certes correspondante aux
exigences techniques du Scope 2.35, comporte néanmoins un
découpage plus complexe que ce que Gans décrit.

Entretien avec Vincent Price (1986, 11’13”,
VOSTF) : Claude Ventura et Philippe Garnier rencontrent la
star à Malibu mais, mis à part de savoureuses anecdotes dites
avec une bonne humeur roborative (une relative à un film de
James Whale, une autre aux acteurs Basil Rathbone, Peter Lorre
et Boris Karloff sur les deux films fantastiques de 1963
appartenant à la série Edgar Poe) on n’apprend pratiquement
rien, mis à part le fait que Price appréciait les tournages
rapides de Corman.

Bande-annonce originale (2’31”, VO): au
format Scope 2.35 respecté mais en état argentique moyen ;
elle prélève de nombreux plans au célèbre cauchemar de
Withrope.

Bel ensemble mais pourquoi ne pas avoir ajouté en VOSTF,
pour les cinéphiles francophones, le commentaire audio du
producteur-réalisateur Roger Corman, proposé depuis 2013 (en
VO mais sans STF) aux cinéphiles américains sur l’édition
Blu-ray de Shout Factory faisant partie de la collection
Vincent Price ?

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

La Chambre des tortures (USA août 1961) de Roger Corman :

Présentation par Olivier Père (2022, 25’46”)
: elle fournit l’essentiel des informations nécessaires à une
bonne appréhension du titre et de sa place dans la série. Elle
mesure bien les transformations apportées par Matheson à
l’histoire de Poe. Je partage le regret de Père concernant le
sous-emploi de Barbara Steele par Corman : c’est une des
faiblesses du film. Le jeu ici un peu outré de Vincent Price,
parfois presque expressionniste, en est une autre. Bonne
remarque sur la similitude de construction narrative entre les
trois premiers titres de la série. En revanche, je suis plus
réservé concernant l’assertion de Père concernant la densité
dramaturgique inférieure des personnages féminins au sein de
la série Poe, par rapport aux personnages masculins.

Séquence TV ajoutée (5’03”, VOSTF, 1.78
compatible 16/9) : il s’agit d’une curieuse et rare séquence
additionnelle d’introduction (de prologue probablement
pré-générique) tournée pour une télévision américaine qui
voulait augmenter légèrement la durée du métrage cinéma
original. Elle est curieuse, assez bien mise en scène, jouée
en vedette par Luana Anders, ici prisonnière et qui assure aux
autres détenus qu’elle n’est pas folle, que l’histoire qui lui
est arrivée est bien réelle. On pouvait déjà la visionner sur
le Blu-ray américain édité par Shout Factory vers 2013.

Bande-annonce originale (2’27”, VO) : au
format 2.35 respecté, dotée d’un grain un peu supérieur à
celui du film de référence, ce qui est bien mais en état
argentique moyen, ce qui l’est moins. La voix-off qui la
commente fait allusion au rôle tenu en vedette par Barbara
Steele l’année précédente dans le premier film fantastique de
Mario Bava.

La Chambre des tortures revient de loin sur le plan
des bonus, chez nous comme aux USA. Son histoire, sur ce plan,
est typique des dilemmes absurdes que les éditions vidéo
numériques successives, durant la période 2000 à 2015, ont pu
poser au spectateur français : on disposait depuis juin 2001
en DVD M.G.M. zone 1 NTSC d’une image 2.35 compatible 4/3 mais
dotée d’un commentaire audio de Roger Corman et d’autres
suppléments intéressants alors que le DVD M.G.M. zone 2 PAL
édité en France en octobre 2004 proposait le titre en 2.35
compatible 16/9 (ce qui était mieux) mais sans aucun
supplément (ce qui constituait une absurde régression). Le
Blu-ray américain Shout Factory édité en 2013 réalisait un
autre exploit : offrir d’excellents bonus mais ne plus
comporter ni VF d’époque ni VOSTF alors que les DVD MGM zone 1
comme zone 2 en disposaient tous les deux ! En somme, lorsque
le Festival de Cannes 2016 rendit justement (bien que
tardivement) hommage à ce titre de Corman de 1961, il était
encore tout bonnement impossible de trouver une édition Full
HD dans des conditions cinéphiles francophones décentes. Cette
édition Sidonis Calysta 2022 compense enfin partiellement ces
lacunes mais je regrette néanmoins l’absence du commentaire
audio de Corman (c’était pourtant l’occasion de le proposer
enfin en VOSTF) et l’absence de la galerie affiches et photos,
évidemment tous deux proposés sur l’édition américaine Blu-ray
de 2013.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

L’Enterré vivant (USA mars 1962) de Roger Corman :

Présentation par Olivier Père (2022, 19’27”)
: elle comporte la plupart des informations nécessaires à une
bonne situation du titre dans la série, à commencer par le
rappel de la fameuse tentative de Corman de s’allier avec
Pathé, tentative déjouée par AIP. Excellente comparaison de
Price et Milland. Quelques informations sur les scénaristes
Charles Beaumont et Ray Russell. Bonne remarque sur
l’introduction de quelques éléments discrets de comédie (les
deux fossoyeurs) pour la première fois dans la série Poe mais
pas la dernière. En revanche, Olivier Père fait curieusement
l’impasse sur la belle Hazel Court que Corman réemploiera
encore deux fois au sein de cette série Poe.

Hommage à Roger Corman par Bertrand Tavernier et Joe
Dante
(2010, 12’30”) : Dante filmé avec une belle
affiche française d’un classique du cinéma fantastique de Jack
Arnold à l’arrière plan, et Tavernier filmé en alternance avec
quelques documents numérisés, parlent de leurs rencontres avec
Corman, de sa carrière, de ses films. Il s’agit d’un montage
assez raccourci de ce qu’on trouvait plus en détails dans les
suppléments des autres DVD Sidonis de la collection Roger
Corman éditée il y a 10 ans. Le spécialiste n’apprendra rien
mais le novice sera correctement initié.

Entretien avec Roger Corman (2002, 9’15”,
VOSTF) : bref mais intéressant car Corman revient sur sa
tentative de produire le film sans AIP, avec Pathé comme
co-producteur. Elle échoua car AIP était un des plus
importants clients du laboratoire Pathé. Le casting de Ray
Milland (remarquable dans le rôle) à la place de Vincent Price
demeure le signe tangible de cette tentative d’émancipation de
Corman car Price était sous contrat avec AIP. Corman évoque
aussi certains aspects techniques communs à l’ensemble de la
série, se souvient de Floyd Crosby, de Daniel Haller. Il
évoque bien entendu ses deux vedettes Hazel Court et Ray
Milland.

Bande-annonce originale (2’32”, VO) : hélas
recadrée en 1.78, état argentique moyen mais bien conçue et
efficace.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

L’Empire de la terreur (USA juillet 1962) de Roger
Corman :

Présentation par Olivier Père (2022, 19’10”)
: bonne présentation qui couvre bien les divers aspects du
film (réunion de trois moyens-métrages en un long-métrage,
problème de la fidélité ou de l’infidélité du scénario de
Matheson à Poe, réunion de trois stars du cinéma fantastique,
caractères individuels de chaque histoire). Un bémol
d’histoire du cinéma : contrairement à ce qu’énonce Père, il y
a eu assez régulièrement des films fantastiques à sketchs dans
l’histoire du cinéma fantastique depuis la période muette à
nos jours ; d’autre part la firme Amicus n’a pas inauguré la
formule « vers 1970 » (sic) mais dès 1964.

Bande-annonce originale (2’23”, VO) : au
format 2.35 respecté, image argentique moyenne, donnant une
bonne idée du film de référence.

Pourquoi ne pas avoir proposé ici en VOSTF les deux
commentaires audio (le premier de Tim Lucas, le second de
Vincent Price et deux autres commentateurs) disponibles en VO
sans STF sur l’édition américaine Blu-ray Kino Lorber de 2015
? C’était l’occasion ou jamais !

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

Le Corbeau (USA janvier 1963) de Roger Corman :

Présentation par Olivier Père (2022, 25’28”)
: bonne dans l’ensemble, mettant bien en valeur l’originalité
du titre d’une part, sa filiation avec les titres antérieurs
d’autre part (par exemple les comédies fantastiques de 1959 et
1960 tournées juste avant la série Poe, par exemple l’histoire
centrale du titre comportant trois histoires rassemblées en un
long-métrage de 1962 appartenant à la série Poe) mais
attention à un point non négligeable d’histoire du cinéma : ce
n’est pas ce titre de Corman de 1963 qui constitue la
naissance de la parodie fantastique, contrairement à ce que
dit Père. La parodie fantastique a toujours existé : voir la
série des films d’Abott et Costello dans les années 1940. Je
suis surpris, au demeurant, que Père ne commente pas les
premiers plans du générique d’ouverture, identiques à ceux du
titre de 1961 : il y avait quelque chose à dire dessus et que
j’ai, pour ma part, écrit dans ma critique archivée sur
Stalker-dissection du cadavre de la littérature. Cette
remarque vaut aussi pour des fragments de la musique du titre
de 1961.

Richard Matheson, conteur d’histoires par
Greg Carson (« Richard Matheson, Storyteller », 2003, 6’34”,
VOSTF) : bonus qu’on trouvait sur l’édition DVD MGM NTSC zone
1 de 2003 et qui est intéressant en dépit de sa brièveté.
Matheson y confirme qu’il n’a jamais voulu adapter le poème de
Poe mais qu’il lui a simplement servi de point de départ
matériel pour une histoire bien différente, qui plus est une
comédie. Quelques extraits du film montés sur l’entretien, en
illustration.

Corman et la comédie de Poe par Greg Carson
(« Corman’s Comedy of Poe », 2003, 8’11”, VOSTF) : bonus
provenant également de l’édition DVD MGM NTSC zone 1 de 2003
dans lequel Corman revient d’une manière assez pointue sur
cette comédie fantastique. Quelques extraits du film, montés
sur l’entretien en illustration.

Bande-annonce originale (2’26”, VO) : en
état argentique moyen mais donnant une excellente idée du
film.

Les deux entretiens avec Matheson et Corman proviennent de
l’édition Shout Factory de 2014 : c’est bien de les avoir
inclus car ce sont des témoignages de première main d’histoire
du cinéma mais pourquoi ne pas avoir ajouté en VOSTF le
commentaire audio de Steve Haberman et son ample galerie
affiches et photos ? Deux occasions ratées.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

La Malédiction d’Arkham (USA août 1963) de Roger
Corman :

Présentation par Christophe Gans (2022,
42’31”) : bien meilleure et bien plus consistante que celle de
Patrick Brion (néanmoins reprise sur le même disque par
l’éditeur). Il faut surmonter la manie un peu agaçante de Gans
de prononcer « Aich Pi Lovecraft » avec l’accent mais, au bout
de quelques minutes, on surmonte sans effort cette préciosité
(Olivier Père prononce « Rojeur » lorsqu’il parle de Roger
Corman : même agacement constant de ma part : on est en
France, pas en Amérique et on dit « Roger » et on pense « Roger »
en prononçant mentalement « Rogé », pas « Ro-Geur » ni « Ro-Gére »
ou que sais-je) : le cinéphile français peut traduire
mentalement ce H. P. Lovecraft prononcé à l’anglaise vaguement
américanisée par un plus simple H. P. Lovecraft (prononcé « Ach
Pé » Lovecraft à la française !) ou, encore mieux, par un
complet « Howard Phillips Lovecraft » qui demeure la meilleure
désignation car la plus complète. Gans situe bien le titre
dans l’histoire de la série, examine d’une manière assez dense
et approfondie la relation entre Poe et Lovecraft, la manière
dont Corman a innové par rapport aux titres antérieurs de la
série (même directeur de la photographie mais une tonalité
plus réaliste et plus sombre ; quelques nouveaux et
spectaculaires décors du même directeur artistique), évoque
les acteurs principaux (Vincent Price, Debra Paget, Lon Chaney
Jr.), les contributions des techniciens importants et aussi
quelques autres adaptations de Lovecraft au cinéma par le
directeur artistique, passé à la mise en scène, Daniel Haller.
Excellent remarque sur la personnalité profondément poétique
(et poesque tout autant) de Lovecraft ; assertion plus
discutable concernant la plus grande difficulté d’interpréter
d’une manière freudienne Lovecraft que Poe (on le peut tout
aussi bien car le réalisme de Lovecraft – que Gans a raison de
mettre en relief – est un effet de son art). Non moins bonne
remarque sur le fait que, davantage que la comédie fantastique
antérieure de 1963, ce titre lovecraftien constitue dans la
série un titre charnière, témoin d’un relatif basculement,
d’un relatif renouveau à la fois sur les plans scénaristiques
et matériels : relatif, cependant, car l’unité de la série est
néanmoins préservée. On dit parfois que la série Poe, à partir
de la comédie fantastique de 1963, a moins rapporté d’argent à
ses producteurs que les titres de 1960-1962 : il faudrait
examiner les chiffres pour le vérifier mais cela coïnciderait,
si c’était vraiment le cas, avec cette volonté de liberté de
Corman, son désir d’expérimenter et de ne plus être prisonnier
de la forme initiale de 1960 qui l’avait lancée. Les
admirateurs de 1960-1963 voulaient revoir la même chose mais,
à partir de la 1963 et jusqu’en 1964 inclus, Corman
co-producteur leur offrit presque la même chose mais pas tout
à fait ! Last but not least, je note une très bonne remarque
de Gans concernant quelques aspects lovecraftiens dans
L’Horrible cas du docteur X (X, the Man With the
X-Ray Eyes
, USA 1963) de Roger Corman : il faudrait
rééditer ce film dans des conditions cinéphiles car c’est un
des plus étonnants de Corman, au sein de sa filmographie
fantastique sélective.

Présentation par Patrick Brion (2010, 7’35”)
: bonus repris de l’édition DVD Sidonis de 2010. Première
moitié intéressante car Brion y cite un entretien avec Corman
paru dans la revue Positif où ce dernier précisait la
genèse du film, son rapport à Poe d’une part, à Lovecraft
d’autre part. Faut-il, comme Brion le fait, accorder crédit
aux propos de Corman ? Sur le plan des informations
matérielles, concrètes, oui sans doute bien qu’il faille les
recouper plus exactement avec celles des collaborateurs,
souvenir contre souvenir, pour obtenir un minimum
d’objectivité. Sur le plan de l’histoire littéraire, Corman
n’a pas, en dépit des apparences et de son apparente
sincérité, la culture nécessaire pour interpréter ou commenter
Poe et Lovecraft : il a simplement transcrit d’une admirable
manière certains éléments de leurs univers respectifs tout en
tentant d’être fidèle à l’esprit davantage qu’à la lettre, ce
qui était, dans le cadre où il opérait, impossible. Il ne faut
jamais oublier que ses déclarations de l’époque étaient aussi
(voire d’abord) destinées à complaire aux commentateurs et à
leurs supposées attentes. Il ne faut pas les prendre pour
argent comptant : elles ont une valeur documentaire davantage
qu’une authentique valeur intellectuelle, en dépit, encore une
fois, de leur très apparente sincérité. La seconde moitié de
la présentation de Brion, purement historique, est moins
intéressante, parfois même imprécise : il parle d’Elisha Cook
Jr. alors qu’on lit « Elisha Cook » au générique du film mais,
inversement, il ne relève pas que, encore en 1963, Lon Chaney
Jr. est crédité « Lon Chaney » suivant une tradition
hollywoodienne abusive qui se maintenait encore en 1963.

Un autre Edgar Poe : entretien de G. Carson avec
Roger Corman
(« A Change of Poe », 2003, 11’19”, VOSTF)
: bonus provenant de l’édition DVD MGM NTSC zone 1. Corman ne
mentionne pas le subterfuge employé afin de permettre de
classer ce film parmi les adaptations d’Edgar Poe, en lui
conférant le titre d’un poème de Poe (poème cité deux ou trois
fois dans le film) alors que l’histoire est une adaptation
(une des meilleures jamais filmées) de H. P. Lovecraft. Cet
entretien de Corman provient de l’édition Shout Factory
américaine de 2013 mais il aurait fallu rependre aussi le
commentaire audio de Tom Weaver qui apprenait bien plus
d’informations que ces sympathiques mais assez maigres
souvenirs de Corman.

Bande-annonce originale (durée 2’13”, VO sans
STF, 2.35 compatible 16/9) : état argentique moyen mais très
bien montée et donnant une excellente idée du film.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

Le Masque de la mort rouge (USA juin 1964) de Roger
Corman :

Présentation par Olivier Père (2022, 34’03”)
: Olivier Père est influencé par Roger Corman car il considère
lui aussi ce titre comme le meilleur de la série. Il le défend
très bien, à vrai dire, en examinant avec soin ses aspects
principaux : genèse, place dans la série, production,
tournage, les deux scénaristes américains Charles Beaumont
puis Robert Campbell, les acteurs shakespeariens et les décors
anglais tels que Corman et Daniel Haller les utilisèrent sur
place (cette section et quelques autres de sa présentation
font, inévitablement, double-emploi avec la présentation de
Corman en 2002), la photo de Nicolas Roeg, et, plus inattendu
mais tout à fait vrai, l’aspect Nouvelle vague du Londres des
années 1965 qui influença en profondeur les cinéastes
étrangers qui vinrent y tourner.

Présentation par Alain Schlokoff (2009,
14’22”) : bonus repris de l’ancienne édition DVD Sidonis de
2010. Cette présentation avait le mérite de donner le bref
point de vue d’un témoin cultivé de première main, doublé d’un
grand défenseur et illustrateur du genre. Je ne pense
cependant pas que ces deux titres de 1964 tournés par Corman
en Angleterre soient les meilleurs de la série Edgar Poe,
encore moins qu’ils le soient pour les raisons que Schlokoff
énonce.

 Roger Corman derrière le Masque : entretien
(« Roger Corman Behind the Masque », 2002, 18’07”, VOSTF) :
entretien qu’on pouvait déjà visionner, sans remonter
jusqu’aux anciennes éditions DVD américaines, dans l’édition
américaine Blu-ray Shout Factory de 2013. Corman considère ce
titre comme un de ses meilleurs en tant cinéaste, par-delà la
série Edgar Poe à laquelle il appartient. Il y consacre deux
fois plus de temps que dans ses présentations MGM consacrées
aux autres films du cycle. Il se souvient de sa genèse (y
compris fiscale), de sa production, des acteurs anglais, des
décors anglais choisis par Daniel Haller et son décorateur
anglais associé pour l’occasion, de la direction photo de
Nicolas Roeg. Sans oublier l’essentielle question de
l’adaptation de l’histoire originale de Poe à laquelle on
intégra une autre nouvelle afin d’augmenter son métrage.
Encore une fois, les extraits du film de reférence, extraits
intégrés et montés sur les propos de Corman, sont en 2.35
compatible 4/3, copie argentique en bon état sauf quelques
poussières, et très très belles couleurs. Intéressant
témoignage de première main mais pourquoi n’avoir pas repris,
de cette même édition américaine, mais en le traduisant en
VOSTF, le commentaire audio de Steve Haberman qui contient de
nombreuses informations ?

 Roger Corman et le cinéma fantastique par Éric
Paccoud
(2022, 9’51”) : excellente présentation qui
s’avère supérieure au long mais médiocre documentaire présenté
en DVD bonus et très complémentaire de celle du dernier film
par Bertrand Tavernier ; le novice qui souhaite avoir une idée
générale des débuts de Corman et de la série Edgar Poe doit
commencer par la visionner. Un seul reproche : les zooms
avants sur les affiches n’en filment que des fragments. Cette
syntaxe est héritée de la présentation du Cinéma de minuit. Il
faudrait revenir à des sages plans fixes cadrant l’intégralité
du matériel publicitaire présenté. Je note d’ailleurs que
seules les affiches sont affectées : les magnifiques photos
d’exploitation titrées House of Usher (titre original
alternatif du premier film de la série) sont filmées
intégralement et sans mouvement de caméra.

Bande-annonce originale (2’13”, VO) : très
belle, en état argentique moyen mais dotée comme toujours de
belles couleurs ; assez curieusement, aucun titre n’apparaît
ni aucun slogan, seuls quelques images incrustées trahissent
(outre son montage) la finalité de cette bande-annonce.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

La Tombe de Ligeia (USA novembre 1964) de Roger
Corman :

Présentation de Vincent Price : curieux
document inédit en France, au format 4/3 et aux couleurs
acides, à la définition vidéo médiocre mais qui transforme
l’acteur, durant quelques minutes, en authentique critique et
historien du cinéma, apportant quelques informations de
première main sur les décors, la conception du scénario, ses
relations avec Corman.

Présentation par Bertrand Tavernier (2010,
35’ environ) : bonus repris de l’édition DVD Sidonis de 2010.
Tavernier y parle assez bien du film vers le dernier quart
d’heure mais tout le reste est consacré à la découverte de
Corman en France (selon Tavernier, ce serait Robert Benayoun
qui aurait découvert la série Poe à l’occasion d’un voyage aux
États-Unis), à l’ensemble de la carrière de Corman comme
producteur, réalisateur et distributeur. Le spécialiste
n’apprendra rien mais le novice apprendra beaucoup de choses.
Illustré du début à la fin par des affiches, des affichettes,
des photos d’exploitation, des photos de plateau. On peut
faire des pauses pour les contempler : le son disparaît mais
ce n’est pas vraiment grave.

Présentation par Olivier Père (2022, 23’03”)
: elle reprend évidemment certains éléments déjà racontés par
Corman mais elle replace très bien le titre dans l’histoire de
la série et examine en détails ses aspects stylistiques les
plus novateurs ; bien sûr, tout n’est pas novateur : une
partie des décors, des idées, et même certains plans
proviennent de la série antérieure. Bons éclairages sur le
directeur photo Arthur Grant et sur le scénariste Robert Town
sans oublier Paul Mayersberg qui travailla aussi sur le titre.
J’ajoute qu’il ne faut pas confondre le John Holmes dresseur
du chat noir crédité au générique de fin avec le célèbre
acteur rendu célèbre, dans les années 1970, par les
courts-métrages de la firme Color Climax Corporation.

Souvenirs sur Roger Corman par Joe Dante
(2010, 14’20”, VOSTF) : bonus repris de l’édition DVD Sidonis
de 2010. Sympathique car, même si le jugement de Dante
concernant le film tient en une phrase sans intérêt, c’est un
témoin de première main : il a travaillé pour Corman et il
raconte la manière dont il s’intégra à son organisation :
bande-annonces puis réalisation. Détails que seul un ancien de
« l’écurie Corman » pouvait nous révéler. Sympathique ensuite
parce qu’on apprend certaines informations sur son film
fantastique de 1979. Sympathique enfin parce que Dante est
francophile : il se fait filmer devant une affiche française
de L’Etrange créature du lac noir (USA 1954) de Jack
Arnold en arrière-plan. Plus sympathique, en somme, tu meurs !

Bande-annonce originale (2’29”, VO) : les
couleurs et la définition sont bonnes même si la pellicule est
un peu abîmée.

Sur ce dernier titre 1964 de la série, j’aurais volontiers
échangé tout cela pour pouvoir disposer (en VOSTF de
préférence) des trois commentaires audio (un premier par le
producteur-réalisateur Roger Corman, un second par l’actrice
vedette Elizabeth Shepherd, un troisième par l’historien du
cinéma Tim Lucas) que le cinéphile anglophone peut écouter
(mais en VO seulement sans STF) sur l’édition Blu-ray
américaine Shout Factory de 2014. Sans parler de la galerie
affiches et photos, elle aussi absente.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

DVD bonus :

Le Monde de Corman, les exploits d’un rebelle à
Hollywood
(« Corman’s World: Exploits of a Hollywood
Rebel », 2011, 86’20”, VOSTF, 1.78 compatible 16/9) : ce
documentaire d’Alex Stapleton avait été édité par Anchor Bay
aux USA en Blu-ray en 2012. C’est plutôt une sociologie
mondaine bâclée de Corman qu’une approche cinéphile de ses
films ou de sa carrière bien que son évolution y soit
grossièrement retracée  : la série Poe est expédiée en
quelques minutes alors que c’est ce qu’il a fait de mieux ! De
nombreux témoins sont convoqués pour quelques jugements
sommaires et souvenirs anecdotiques : les cinéastes Martin
Scorsese, Joe Dante, Peter Bogdanovitch, Jonathan Demme,
Jonathan Kaplan (à peine une minute le concernant), Peter
Fonda, Paul Bartel, Ron Howard, Allan Arkush ; les acteurs
William Shatner, Jack Nicholson, Dick Miller, Bruce Dern,
Peter Fonda ; le producteur Gene Corman (frère du cinéaste) ;
quelques autres collaborateurs moins connus enfin. Corman
lui-même demeure le plus intéressant lorsqu’il est interrogé
(mais ses interventions sont brèves rapportées à l’ensemble)
et se souvient de ses débuts comme lecteur de scénario à la
20th Century Fox, de ses premiers titres. Celui qui a lu son
autobiographie en saura cent fois plus que celui qui aura
visionné ce médiocre documentaire qui retrace au pas de charge
son évolution vers la mise en scène, la production, la
distribution et s’achève par la remise d’un Oscar. Les
extraits de la série Edgar Poe sont tous recadrés sauf
quelques plans de l’avant-dernier titre de 1964 qui est au
format respecté : les extraits des autres titres produits ou
réalisés par Corman sont dans des états argentiques et vidéo
non moins aléatoires.

Les bonus des disques individuels des 8 films sont de bonne
tenue, nourris de présentations soignées, informées et
pertinentes, aussi de quelques documents et témoignages
intéressants provenant d’anciennes éditions (Blu-ray ou DVD,
selon les cas) américaines. Mais deux reproches, tout de même
: pourquoi n’avoir pas repris les galeries affiches et photos
de certaines éditions américaines ; pourquoi n’avoir pas
repris certains commentaires audio de Corman lui-même ? Ces
deux bonus constituaient des documents d’histoire du cinéma de
première main dont le spectateur français est frustré. Reste
que, si on ajoute à ces bonus vidéo l’ample livret, on obtient
tout de même la première édition française collector. Elle est
perfectible mais constitue une première étape qu’aucun
cinéphile francophone ne voudra manquer.

Roger Corman d'après Edgar Allan Poe en 8 films

DVDFr | Roger Corman d’après Edgar Allan Poe en 8 films : le test complet du Blu-ray