Le meilleur du pire des comédies françaises en 2022

Sur plus d’une cinquantaine de films sortis, j’ai choisi les vingt-cinq plus représentatifs pour les classer. En toute objectivité, bien entendu. L’année dernière, je prenais des pincettes sur un marché gravement touché par la crise liée à la pandémie de Covid. Je m’apprêtais à faire pareil en 2022, mais j’ai été étonnamment surpris par la bonne tenue de cette cuvée. Est-elle consécutive à l’absence de certains tauliers (Didier Bourdon n’a fait que deux films, par exemple)? En tout cas, il y a pas mal de bonnes surprises, notamment du côté de la comédie sociale, qui sont un peu au rire ce que les tirs au but sont à l’équipe de France de foot –c’est-à-dire pas oufs.

Comme d’habitude, un mot sur les absents. Cette année a été celle du meilleur film d’Audrey Dana avec l’anecdotique Hommes au bord de la crise de nerfs, qui est aussi son long-métrage le plus inoffensif. On s’accroche, c’est aussi l’année du meilleur film de Michèle Laroque, Alors on danse, draguant éhontément sur les terres des seniors, tout aussi anecdotique. Michèle Laroque, jamais en reste, en a par ailleurs remis une couche avec Ténor, où elle coache un jeune de banlieue pour qu’il devienne chanteur d’opéra. On ne savait plus où se mettre. Il y a eu le mignon Les Goûts et les couleurs de Michel Leclerc, mais qui n’est pas vraiment drôle. Un petit mot aussi pour l’adorable Le Médecin imaginaire, tout gentil mais rafraîchissant.

Il y aura toujours ces films comme L’Année du requin, ni tout à fait comique ni 100% dramatique mais dont on finit par se demander ce qu’on voulait vraiment en faire. Dans le même genre, Canailles est vendu comme une comédie, ce qui tient de la publicité mensongère.

Loin du périph est sans doute le long-métrage qui a le plus les contours d’un blockbuster. Il y a l’envie de se la jouer buddy movie façon Shane Black, mais avec Omar Sy et Laurent Lafitte, en faisant tout exploser au passage. Pas une franche réussite, mais clairement une voie à étudier, surtout quand on voit que les plateformes de streaming s’intéressent à ce genre porteur.

J’avais même écrit une entrée pour Rumba la vie, l’énième tentative de Franck Dubosc de faire du sombre tout en essayant de ménager le public qui vient le voir. Du coup, ça n’a pas de mordant, et ce n’est en rien mémorable. Désolé, Franck. Et j’ai manqué de place pour parler du très réussi J’adore ce que vous faites, avec Gérard Lanvin qui joue son propre rôle face à un fanboy incarné par un Artus survolté: une comédie plus que sympathique.

Enfin, j’allais décerner au sympathique Alban Ivanov le titre de taulier de l’année, mais il a sorti tous ses films en début d’année et ses apparitions tiennent parfois du clin d’œil. Alors que Philippe Rebbot semble avoir fait une OPA sur tous les rôles de mentors dépassés et de vieux malodorants.

Rappel utile: ce top se lit de la fin (le 25e est donc le meilleur film de l’année) au début (le numéro 1 est le pire film de 2022). Les anciennes éditions de ce top sont disponibles ici: 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020-2021.

25. «L’Innocent»

Le braco de l’année

Si un jour on m’avait dit qu’un film de Louis Garrel serait ma comédie de l’année, je ne l’aurais jamais cru. Pourtant il y a une vérité quasi statistique: les bracos au cinéma, ça fonctionne très souvent, qui plus est en comédie. L’Innocent est porté par quatre acteurs au sommet: Roschdy Zem est comme toujours impeccable; Noémie Merlant n’a plus besoin de prouver qu’elle est une formidable actrice; Anouk Grinberg réussit à aller très loin dans l’émotion; tandis que Louis Garrel s’accorde quelques scènes géniales où il joue parfaitement le mec qui joue mal la comédie, ce qui est très loin d’être évident. L’Innocent est une vraie belle réussite.

24. «Les Vedettes»

Super Palmashow Battle

Daniel et Stéphane sont vendeurs d’électroménager dans un grand magasin. Mais au fond, ils rêvent d’être célèbres. L’un est un sacré chanteur, l’autre est plutôt un margoulin qui l’encourage à passer à la télé. Beaucoup plus affûté que leur précédent film, assez maladroit, Les Vedettes correspond mieux à Grégoire Ludig et David Marsais, qui peuvent se laisser aller à ce qu’ils font le mieux: des parodies d’émissions de télé. Certes, «Le Juste Prix» n’existe plus vraiment, mais leur pastiche des «Anges de la téléréalité» est assez réussi. Et puis, il y a ce tube imparable, «Besoin de chanter», et son clip génialement ringard. Une fois en tête, impossible de l’oublier.

23. «Les Femmes du square»

Super Nanny

Une comédie, c’est comme un film d’action finalement: elle brille surtout par la qualité de ses méchants. Dans Les Femmes du square, ce sont des gens immensément riches qui refusent à leur nounou des heures sup’ et la font virer pour faute grave. Ces méchants existent dans la vraie vie et, de fait, sont plus crédibles que 99% des super-vilains des films Marvel.

Avec ce combat nounou contre riches, Les Femmes du square joue parfaitement l’opposition sur ces professions complètement invisibilisées et même raillées dans des produits ultra-bourges (remember Les Petits Mouchoirs 2, qui se foutait de Mary Poppins). Dans cette confrontation, Eye Haïdara est formidable d’énergie et de justesse dans le premier rôle. Tout en subtilité, Ahmed Sylla est quant à lui un avocat dont la loyauté est mise à l’épreuve. L’année 2022 est étonnante, avec beaucoup de comédies sociales réussies, et Les Femmes du square en est un joli exemple.

22. «Coupez!»

Yamete kudasai

«OK, ce n’est qu’un remake.» Eh oui, c’est à peu de choses près la même chose que le film japonais original (Ne coupez pas!) avec, toutefois, un budget sans doute vingt fois supérieur. Mais Coupez! est une vraie réussite. D’accord, ce n’est pas le projet le plus personnel de Michel Hazanavicius, mais le réalisateur arrive à insuffler de la malice dans la comédie d’horreur purement japonaise, assumant complètement son héritage et lui proposant même quelques twists. Aidé par un casting aux petits oignons, on se fait prendre ou reprendre au jeu avec délectation.

21. «Jumeaux mais pas trop»

Frangins malgré eux

Ce n’est pas une découverte, Ahmed Sylla est toujours au top. Mais on regarde Jumeaux mais pas trop pour son autre vedette: ce film aurait pu être le crash-test grandeur nature de Bertrand Usclat. Vétéran du format court «Broute», le comédien purement internet est passé au cinéma sans trop de soucis; il est absolument délectable en arriviste politique, pas si éloigné des sales types qu’il parodiait dans ses sketchs. Typique du buddy movie et de l’éternelle confrontation des deux frères que tout sépare, Jumeaux mais pas trop étonne quand il s’aventure sur le terrain de l’émotion pure. Une vraie bonne surprise.

20. «La Brigade»

Anti-Uber Eats

Cette comédie sociale qui met en scène Audrey Lamy est la grosse surprise de l’année. Dégradée du rang de cheffe dans un grand restaurant à cantinière dans un foyer de jeunes migrants, l’héroïne essaie de donner le goût de la cuisine à des enfants. Et puis, il y a l’apothéose, la finale de «Top Chef». On aurait pu croire à une fable white savior de plus, mais la critique sociale est assez efficace et tous les jeunes acteurs sont rayonnants. À noter qu’en bonus, La Brigade propose une satire du monde des chefs étoilés et des émissions de battle de cuisine plutôt bien amenée.

19. «Tout le monde aime Jeanne»

Curb your depression

Attention, comédie sur le deuil –un sujet qui, avouons-le, n’est pas toujours évident. Ajoutons-y une bonne dose de dépression et on obtient un cocktail un peu casse-gueule. Jeanne, c’est Blanche Gardin, pas forcément aimée par tout le monde et surtout pas par elle-même. Tout n’est pas parfait dans Tout le monde aime Jeanne, un film où les idées s’entrechoquent on ne sait trop pourquoi: la dépression de Jeanne se manifeste par des dessins animés un peu expérimentaux, doublés non pas par la comédienne, mais par la réalisatrice, Céline Devaux. Le voyage est tout de même assez plaisant, agréablement enjolivé par la bonhomie de Laurent Lafitte.

18. «Jack Mimoun et les secrets

de Val Verde»

Tropic Thundered

Jack Mimoun et les secrets de Val Verde n’est pas une parodie, mais un pastiche des films d’aventure des années 1980. Comparé à beaucoup de blockbusters tournés sur fond vert dégueulasse, le film passe pour une vraie grosse production luxuriante. Le genre dont on se dit qu’on n’en voit plus assez. Le personnage de Jack Mimoun se sacrifie à l’autel de la vanne pour que brillent les personnages secondaires.

Laissés en roue libre, Jérôme Commandeur et François Damiens sont exceptionnels, et je pèse mes mots. Ils assurent à eux deux une bonne partie de la rigolade. Le seul regret, c’est qu’à la manière de beaucoup de films d’époque, le personnage féminin passe un peu à la trappe, car sinon, même Benoît Magimel est à fond les ballons. À regarder avec un bol de Chocapic.

17. «En même temps»

En marche arrière

Sortir un bon gros film politique juste avant une élection présidentielle, on pouvait se dire que c’est une bonne idée pour rameuter les foules (alors qu’en fait, non, ça ne marche jamais). Pour leur nouvel opus, En même temps, Gustave Kervern et Benoît Delépine tenaient le high concept ultime: deux hommes politiques que tout oppose se retrouvent collés ensemble, grâce à de la glu étalée par des activistes féministes. L’opposition Vincent Macaigne-Jonathan Cohen, le maire écolo et son homologue de la droite décomplexée, fonctionne à fond et le message passe bien. On regrette juste qu’au bout d’un moment, la machine tourne à vide. Un peu comme des promesses électorales non tenues.

16. «Les Segpa»

Touche pas à mon film

Virés de leur bahut, les Segpa (les élèves de la section d’enseignement général et professionnel adapté) intègrent un prestigieux collège qui craint que la présence des cancres ne torpille sa réputation et son taux de réussite. Tiré d’une web-série dont j’ignorais tout, ce film est coproduit par Cyril Hanouna, dont je n’ignore malheureusement pas l’existence.

Évidemment, je ne partais pas voir Les Segpa avec un avis a priori favorable. Mais la bonne humeur communicative, quelques punchlines efficaces et surtout quelques bons running gags ont eu raison de mes défenses naturelles. Et puis le sujet est un peu menteur, car les Segpa ne sont pas foncièrement des cancres, ils sont des rejetés du système avant tout. Le film leur donne au contraire une chance de s’élever. Rien à voir avec le présentateur, donc.

15. «Incroyable mais vrai» et

«Fumer fait tousser»

Double Impact

Record battu: deux films de Quentin Dupieux cette année! Si la qualité est toujours un peu inégale, on ne peut que saluer la régularité de l’artiste, fruit d’une méthodologie unique dans le monde du cinéma français. À chaque fois, des films très courts (entre soixante-dix et quatre-vingts minutes), un casting AAA et toujours un chouette concept de court-métrage qui s’étire un peu trop. Quant à préférer l’un ou l’autre, ils se confondent tant que cela peut simplement dépendre de l’ambiance de la salle.

Incroyable mais vrai a pour lui Alain Chabat et Léa Drucker qui achètent un pavillon où se trouve une trappe qui fait rajeunir. De son côté, Fumer fait tousser propose un faux pastiche de série sentai qui part un peu en vrille. Dans les deux cas, on assiste à une idée assez tordante suivie d’un inévitable ventre mou et d’une fin un peu assouplissante, et tout cela n’aide pas à rester éveillé malgré de vrais bons moments de comédie. Ça se sent encore plus quand ils sortent à quelques mois d’écart.

14. «Zaï Zaï Zaï Zaï»

Wet Wet Wet

Nouvelle (et pas dernière) adaptation d’une œuvre de Fabcaro, Zaï Zaï Zaï Zaï met en scène Fabrice (Jean-Paul Rouve), qui se retrouve traqué par la police parce qu’il n’avait pas sa carte de fidélité au moment de payer ses courses au supermarché. On suit la cavale de cet anti-héros dans une aventure où chaque réplique est absurde, chaque réflexion est une contre-proposition. La BD est si géniale que le projet paraissait casse-gueule, mais finalement l’entreprise tient la route, sans enthousiasme mais sans aucune trahison du matériel original. À noter une hilarante chanson chorale, parodie des tubes humanitaires des années 1980 avec pléthore d’invités.

13. «Super-héros malgré lui»

LCU: Lacheau Comic Universe

Attention, ce que je vais dire est grave et bouleverse complètement toutes les données humoristiques recueillies à ce jour. Mais la vérité, c’est que Super-héros malgré lui, le dernier opus en date de la bande à Fifi, est leur meilleur film. On est très au-dessus de ce que fait Tarek Boudali, en groupe ou en solo, alors qu’on n’a pas l’impression que celui-ci soit plus soigné.

Mais prudence, toute cette victoire est relative: le film contient beaucoup de blagues gênantes impliquant la maman d’un des personnages avec un autre «poto», pas mal de zizis, forcément, mais aussi des scènes qui vont très loin et qu’on ne verra jamais ailleurs. Julien Arruti défoncé, qui chie dans une plante sur la place de la mairie, c’est là. Jean-Hugues Anglade qui se fait sodomiser par le siège de sa voiture? C’est ici aussi.

La bande à Fifi nous avait habitués à tellement bas du front que ça y est, les digues ont cédé. Je ne sais pas comment ils pourront faire mieux (ou pire). À ce niveau-là, je dis: chapeau bas. Allez, peut-être que je me suis laissé attendrir mais il y a deux petites blagues politiques, une première pour la bande à Fifi, dont une adressée directement à Emmanuel Macron.

12. «Maison de retraite»

Million Kev Baby

Ce qu’il manquait à 2022, c’était un bon petit vanity project de Kev Adams, une tentative de plus de montrer qu’il n’est plus la star des pré-ados. Eh bien, il y a eu Maison de retraite.

Milann (c’est lui) n’en fait qu’à sa tête. Issu d’un orphelinat, il se retrouve à s’occuper de personnes âgées pour éviter la prison. Les vieux vont lui faire passer un sale quart d’heure avant de se rendre compte que c’est un brave petit gars. Et en vérité, les résidents de la maison de retraite sont réjouissants, de Daniel Prévost à Firmine Richard en passant par Jean-Luc Bideau ou la regrettée Mylène Demongeot. Même Antoine Duléry, en méchant directeur, est bien à sa place.

Énorme carton pour cette comédie au grand cœur qui passe mieux si on accepte que Kev Adams se taille le beau rôle. D’ailleurs, juste avant de mourir, la dernière pensée de Gérard Depardieu lui est adressée: «Bon petit gars.» Tu m’étonnes qu’il l’a écrit, le film.

11. «Reste un peu»

Toc Elmaleh

Ce film, c’est une opération séduction –et même blanchiment– pour Gad Elmaleh, pointé du doigt pour des plagiats éhontés. Il se met en scène, ainsi que ses proches, dans une fiction où il raconte sa conversion au christianisme et le choc ressenti dans son entourage. Le plus bizarre dans cette mise en scène de modestie, c’est qu’il va draguer le public catholique d’une manière qui n’a jamais autant senti l’hypocrisie.

Soyons clair, on n’a jamais vu un acteur-réalisateur se livrer autant, tout comme sa famille et son entourage, pour que ça sonne aussi faux. Appelé à commenter le stand-up de Gad Elmaleh dans le podcast The American Life, Jeff Garlin, de la mythique série Curb Your Enthusiasm (Larry et son nombril en français), reconnaissait ainsi que même s’il est bien rythmé, correctement écrit, bien mis en scène et charmant, tout ce que racontait Gad Elmaleh était toc et faux. Reste un peu, c’est un peu ça.

10. «Les Gagnants»

Supreme OSEF

On a déjà vu des comédiens qui n’ont pas envie d’être là où ils sont, qui se sentent forcés de jouer des rôles qu’ils détestent. Ça arrive même beaucoup plus souvent qu’on ne pense. Mais le cas de Joey Starr dans Les Gagnants est assez unique. Il incarne une star du stand-up qui, à la suite d’un bad buzz, est contraint de recevoir chez lui deux gagnants d’un concours et de tourner une télé-réalité dans sa super villa du sud de la France. Et les deux gagnants ont, justement, de sacrées têtes de gagnants.

Devant les abrutis finis incarnés avec brio par AZ et Alban Ivanov, il eut fallu quelqu’un d’un peu plus pêchu. Et Joey Starr n’exprime que lassitude. Ils ne jouent pas du tout sur le même diapason et ça se sent. Il donne tellement l’impression d’être peu investi dans le projet qu’il semble même doublé par un cascadeur quand il s’agit de courir sur la croisette ou de boire une tisane. Alors que les deux loustics en font des tonnes! Un vrai cas d’énergie neutre qui ne fonctionne pas.

9. «Chronique d’une liaison passagère»

Jamais ouf, mais mieux

Je dois confesser ici que je déteste assez copieusement le cinéma d’Emmanuel Mouret. Son marivaudage bourgeois est le genre de truc qui me déplaît très profondément et les rires de la salle (car il y en a) suscitent toujours, chez moi, une grande incompréhension. Néanmoins je vais méthodiquement voir ses films, surtout en cette période de disette de comédie romantique.

Chronique d’une liaison passagère est sans doute mon Mouret préféré, et d’assez loin. Déjà, il ne joue pas dedans, laissant la place au formidable Vincent Macaigne, mais en plus, le couple que ce dernier forme avec Sandrine Kiberlain est assez réussi. Je n’irais cependant pas jusqu’à dire que je suis réconcilié avec Emmanuel Mouret. Les nombreuses citations frontales d’Annie Hall de Woody Allen, qui plus est en 2022, me laissent perplexe quant à la sincérité de l’entreprise.

8. «Le Nouveau Jouet»

Qui veut sauver le soldat Jamel?

Jamel Debbouze, gardien de nuit dans un grand magasin, se retrouve acheté par le fils de l’homme le plus riche de France. Va alors naître une relation assez malsaine, impliquant la domination des riches sur les pauvres, comme dans Le Jouet original.

Comme Daniel Auteuil est de l’aventure, l’histoire a été modifiée pour le rendre beaucoup moins salopard qu’il ne l’est dans le film de 1976. D’ailleurs, c’est essentiellement son arc qui est le cœur du film. Il ne peut pas s’en empêcher, Daniel Auteuil, il faut qu’il élève son personnage. Tout reste en superficie. Personne ne veut voir l’éléphant dans la pièce, et ne dit mot sur ce gamin démentiellement riche qui s’est offert un quasi-quinquagénaire arabe comme jouet esclave. Pas une voix pour dire que ça, c’est un peu chelou.

7. «Plancha»

Les vacances de riches, suite

Succès cinématographique mais surtout télévisuel, Barbecue a finalement droit à une suite, huit ans plus tard. En digne successeur, Plancha relève le défi d’avoir encore moins de choses à raconter. Imaginez: alors que la bande d’amis devait se réunir en Grèce pour les 50 ans d’Yves, finalement, changement de programme, ils se retrouvent en Bretagne dans sa gigantesque propriété. Sauf qu’il pleut. Voilà l’histoire.

La blague la plus drôle, c’est la tête que fait Lambert Wilson quand Guillaume de Tonquédec lit dans le journal toutes les activités possibles, dont la visite du mythique musée de la coiffe bretonne. Sacré lui. Donc si votre délire, c’est les films de vacances où des riches s’engueulent en buvant des cocktails loin de toute angoisse pécuniaire, bon Dieu, Plancha est pour vous.

6. «Qu’est-ce qu’on a tous fait

au bon Dieu?»

Le Avengers: Endgame des comédies françaises

Ah! comme on l’a attendu, le dernier opus de la comédie familiale raciste préférée des Français. C’est les 40 ans de mariage des Verneuil (Christian Clavier et Chantal Lauby) et chaque gendre va inviter sa famille respective à vivre dans leur grande demeure.

Évidemment, tout le ressort comique de Qu’est-ce qu’on a tous fait

au bon Dieu?
repose sur le fait que tout le monde est un peu raciste, avant de se rendre compte que, finalement, on s’amuse bien ensemble. Mais le fil narratif le plus intéressant de cette suite très mal écrite, c’est Chantal Lauby draguée par un riche allemand. Il faut entendre Christian Clavier redevenir naturel lorsqu’il lance un «Qu’est-ce qu’il me veut ce Wisigoth?» dont il a le secret.

Cet ultime volet a tout d’une conclusion puisque, lors de sa dernière scène, tous les protagonistes sont réunis dans une grande fête. Et, sur un air de Johnny, la caméra passe de l’un à l’autre des membres de la famille, exactement comme lors de la cérémonie finale de Avengers: Endgame. La caméra se fige alors de manière très crépusculaire sur Christian Clavier, comme s’il était le Tony Stark de la rigolade. Et, peut-être qu’à ce moment précis, il est convaincu de l’être.

5. «L’Homme parfait»

Sex Machine

Didier Bourdon n’a pas eu une très bonne année, entre Permis de construire et le très malheureux one-shot des Inconnus sur TF1 avec des sketchs reconstitués par des «célébrités». L’Homme parfait, c’est Didier Bourdon jaloux d’un robot joué par un Pierre-François Martin-Laval maquillé en bellâtre à tout faire. Il faut voir comment on fond sur son corps comme s’il s’agissait d’Idris Elba.

Personne ne sort vraiment grandi de l’expérience, pas même Didier Bourdon. Sur le même sujet, Yves de Benoît Forgeard était bien plus affûté et avait le mérite d’éviter cette vision d’horreur qu’est Pef grimé en Ken luisant attendant sa Barbie. J’en fais encore des cauchemars. Mais peut-être était-ce le résultat escompté?

4. «Irréductible»

No pasarán

Ah, Irréductible. Un film que Jean-Pierre Pernaut aurait adoré, tant il joue sur le mépris absolu des fonctionnaires. Imaginez Vincent, incarné par Jérôme Commandeur, un fonctionnaire local qui s’accroche à son poste comme une tique. Eh bien, voilà le scénario. La direction, puis quasiment toutes les instances de France, vont tout faire pour le décourager: le muter, le faire virer, tout. Le fonctionnaire ici n’est que nuisible notoire, entourloupeur, flemmard, bon à rien et surtout escroc.

Si le pitch de cette comédie vous est familier, c’est qu’il s’agit d’une redite quasiment scène par scène d’un film italien, Quo vado?, qui n’a pas trop pris la peine de remettre en question son racisme ou son sexisme. Enfin… à quelques détails près. La Norvège est ici devenue la Suède, à croire que c’est plus facile de se moquer d’eux.

C’est Christian Clavier qui illumine de son génie comique ce remake poussif. Et les quelques scènes où il incarne un cheminot CGTiste et gréviste, mentor de Vincent, sont succulentes de provocation. La sauce n’étant pas assez épaisse, rajoutons-en un peu: le soir, il délaisse sa femme pour regarder des discours de Fidel Castro sur YouTube. Un vrai rôle de composition.

3. «Adieu Paris»

La der des ders des séances

Le pire dans l’improvisation, c’est quand ça se voit trop. Dans Adieu Paris, c’est 1h36 de roue libre par des comédiens présentés comme le Panthéon de l’acting, les «rois de Paris». Voilà un bistrot parisien à l’ancienne. Huit bonshommes à table parlent de tout et de rien. En vérité, Gérard Depardieu n’arrive pas à temps. Aux côtés de François Damiens, Pierre Arditi et Benoît Poelvoorde, on trouve aussi Daniel Prévost, Jean-François Stevenin, Bernard Murat et Bernard Le Coq.

La seule femme de l’événement, Isabelle Nanty, est tenue d’attendre à la porte. Sympa. Les seules admises ici sont les jolies serveuses, sur lesquelles dégoulinent les compliments des vieux cadors. C’est vraiment la «vieille France». Édouard Baer est capable du meilleur comme du film pas fini parce qu’il a la flemme. Adieu Paris s’arrête bel et bien, mais c’est déjà trop long pour ce que c’est. Un spectacle de nostalgie piteuse et d’autosatisfaction rance. Édouard Baer nous avait habitués à mieux.

2. «L’amour c’est mieux que la vie»

Lelouch Infinity War

Cinquantième film de Claude Lelouch et au moins 150 fois les mêmes thématiques: L’AMOUR, L’AMITIÉ et L’ARGENT. Gérard (Darmon), Ary (Abittan) et Philippe (Lellouche) sont potes, mais Gérard n’en a plus pour longtemps à vivre. Alors, ses potos décident de lui offrir un dernier amour grâce à Sandrine (Bonnaire), maquerelle qui décide de donner de sa personne, car Gérard est particulièrement séduisant.

Suivent les inévitables lieux communs, les perles du pur lelouchisme béat sur la vie, les amours, la mort mais surtout l’amitié, car «c’est ça qui compte». Pour grossir le trait, le réalisateur plonge dans ses propres images d’archives pour créer une sorte d’univers partagé, entre Lino, Darmon jeune et tous les autres. Sont conviés aussi, dans ce gloubi-boulga mégalo, Kev Adams, Robert Hossein pour sa dernière apparition, Béatrice Dalle en avocate du diable et Jésus, tant qu’à faire.

Le mieux, c’est quand sonne la fin, quand la caméra virevolte autour de Gérard et de Sandrine. Claude Lelouch nous annonce fièrement qu’il s’agissait en fait du premier volet d’une trilogie. Et de rappeler l’existence de La Vertu des impondérables, son cauchemardesque avant-dernier opus sorti directement sur Canal+ et en vidéo. Au moins, il en est content.

1. «Mascarade»

Alerte rouge en Côte d’Azur

Un jeune gigolo (Pierre Niney) tombe amoureux d’une belle arnaqueuse et ensemble, ils décident de monter une escroquerie sur la Côte d’Azur, nid de riches idiots et de crapules millionnaires. Le truc qu’on peut reconnaître à son auteur, c’est qu’il met du sien dans tous les personnages et qu’ils le reflètent tous un peu, tantôt arnaqueur, affabulateur, séducteur.

Attention, plein de twists plus ou moins prévisibles au programme. Mais les personnages, oulala. Qu’il s’agisse des protagonistes qui baisent dans les toilettes (à de nombreuses reprises!), du personnel d’entretien qui frappe gratuitement des animaux ou d’Isabelle Adjani qui hurle «Je te chie dans la bouche», il y a comme une véritable unité dans la composition des portraits. Mais les vannes et les punchlines tombent souvent à plat.

Mascarade est la réponse de Nicolas Bedos à #MeToo, si tant est que quelqu’un était curieux de savoir ce que pense le réalisateur de la libération de la parole des femmes. Alors oui, ici, les femmes gagnent car elles sont plus malignes, de meilleures arnaqueuses, mais elles sont aussi plus machiavéliques. Et s’il faut lancer de fausses alertes au viol, aucun état d’âme, elles le font. Un film profondément odieux.

Le meilleur du pire des comédies françaises en 2022