Les incontournables, les pépites méconnues… On a passé en revue la filmographie de Martin Scorsese

Martin Scorsese a 80 ans. Considéré par beaucoup comme le plus grand cinéaste en activité, panthéonisé de son vivant, il est l’auteur d’une œuvre foisonnante, aussi variée et passionnante qu’inégale. Les navets y sont absents, les chefs-d’œuvre, plusieurs, et les grands films malades, légion, sa haute idée du cinéma et sa recherche constante de forme et de sens l’ayant toujours préservé de la médiocrité. On vous aide à faire le tri.

« Je suis un pessimiste… qui a de l’espoir » : Martin Scorsese par lui-même

  • Les cinq classiques incontournables

1- « Les Affranchis » (1990)

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Récit des trente ans passés dans la pègre new-yorkaise par Henry Hill, fils d’immigrés italo-irlandais, qui finira par collaborer avec le FBI et vivre caché, ce film, adapté du livre de Nicholas Pileggi (coscénariste), est le plus emblématique de la geste scorsesienne rapportée au gangstérisme, en germe dans « Mean Streets » : approche anthropologique du quotidien mafieux, voix off rétrospective du protagoniste, mise en scène survoltée, montage-maelström porté par une bande-son façon juke-box ininterrompu et ce plan fou – repris par nombre de copistes – où la caméra fonce fébrilement sur le visage d’un personnage traduisant la montée d’euphorie d’un sniff de coke (avant la descente).

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Du regretté Ray Liotta qui, dans son premier grand rôle, fait jeu égal avec les immenses Robert De Niro et Joe Pesci, aux scènes d’anthologie (« You think I’m funny ?  », l’entrée en plan-séquence au Copacabana), tout y est inspiré, Scorsese traduisant dans un même mouvement, mélange de véracité, de flamboyance et d’ironie, l’exaltante ivresse de ce mode de vie, son immoralité crasse et sa violence extrême. Bien sûr, l’Académie des oscars lui préféra le plus classique « Danse avec les loups » de Kevin Costner, ne concédant à ce chef-d’œuvre inoxydable – lion d’argent à Venise tout de même – qu’un oscar du second rôle (pour Joe Pesci). Aujourd’hui considéré comme un classique du genre, « les Affranchis » n’a cessé de faire des petits, matrice stylistique des autres fresques mafieuses du maître – « Casino », « les Infiltrés », « le Loup de Wall Street » – et influence majeure de tout un pan de la pop culture – du « Boogie Nights » de Paul Thomas Anderson à la série « les Soprano ».

2- « Raging Bull » (1980)

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Trop de travail et de fêtes, trop d’insomnies, trop de drogues (coke, quaalude). En particulier pour un asthmatique. Le 6 septembre 1978, quand il se présente dans un hôpital de New York, Martin Scorsese, 1,63 m, pèse 49 kilos. Il a un teint cadavérique et du sang qui sort par tous les pores. Du nez, des yeux, des oreilles ! Diagnostic : hémorragie interne due à une absence de plaquettes dans le sang. De justesse, les médecins le sortent d’affaire. Comme tous les antihéros de son cinéma, accro à l’adrénaline de leur job, Scorsese s’est cramé en beauté. Dans son lit d’hôpital, convalescent, il fait le rapprochement entre son parcours autodestructeur et celui du boxeur Jake LaMotta à propos duquel Robert De Niro le tanne depuis des mois. L’acteur a adoré « Raging Bull », la biographie de l’ex-champion des poids moyens qui a fini sa vie obèse à radoter dans des cabarets miteux, et incité Scorsese à en tirer un film. Face à ses refus, il s’est dirigé vers Michael Cimino avant que Scorsese ne frôle la mort. De Niro revient alors à la charge pour remettre son ami en selle, lequel reconsidère la proposition.

Résultat : un chef-d’œuvre. Noir et blanc élégiaque ; De Niro, au-delà des superlatifs, qui invente le rôle « prise de poids » à oscars (30 kilos à coups de plats de pâtes et une statuette à l’arrivée) ; et cette mise en scène, nom de Dieu ! Apre et lyrique, portée par le montage dément, tour à tour classique et expérimental, de la fidèle Thelma Schoonmaker (un oscar, elle aussi). Bien sûr, c’est un échec public. Incompris à sa sortie, parce que chapeauté par les mêmes producteurs que « Rocky ». Or si « Raging Bull » contient les scènes de boxe parmi les plus belles du répertoire, filmées entre les cordes du ring comme autant d’expériences hallucinées, ce n’est en rien un film sur le sport, qui n’intéresse guère le cinéaste, mais sur le dégoût et l’acceptation de soi. La culpabilité, le martyr et la rédemption. « J’étais persuadé que ce serait mon dernier, la fin de ma carrière, alors je me suis fait plaisir », dira Scorsese de son huitième long-métrage, régulièrement cité par la critique comme un des meilleurs films de l’histoire du cinéma. « Dans “Raging Bull”, j’ai tenté de répondre à la seule question qui me préoccupe : comment ai-je pu survivre ?… »

3- « Casino » (1995)

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Cinq ans après « les Affranchis », Martin Scorsese reconduit le duo De Niro/Pesci, sa collaboration avec le scénariste Nick Pileggi et les mêmes principes de mise en scène en les multipliant par dix. Inspiré de la vie de Lefty Rosenthal, un bookmaker juif devenu l’une des huiles de Las Vegas, le projet prend de l’ampleur pour donner naissance à un film-monde sur ce grand casino qu’est l’Amérique. Un opéra mortifère, une œuvre crépusculaire de trois heures, d’un époustouflant (épuisant pour certains) brio formel. Les ors de la capitale du jeu et l’insolente beauté de Sharon Stone, dans son plus beau rôle, y sont les mirages d’une Gomorrhe où le dieu Argent voue ses créatures à leur perte.

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4- « Taxi Driver » (1976)

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Le film le plus culte et célébré de Martin Scorsese n’est pas le plus éminemment scorsesien. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de se demander ce que Brian De Palma, pressenti à l’origine pour le mettre en scène, en aurait fait. Au départ, c’est un script très personnel de Paul Schrader, plongée dostoïevskienne dans le quotidien solitaire et l’esprit torturé d’un chauffeur de taxi new-yorkais, vétéran du Vietnam, empreint des questions qui hanteront l’œuvre du scénariste et futur réalisateur d’« American Gigolo ». D’éducation calviniste, celui-ci partage des angoisses existentielles et spirituelles proches de celles du catholique Scorsese. D’où l’alchimie de leur rencontre, qui enfante un des longs-métrages les plus emblématiques du Nouvel Hollywood.

Travis Bickle, antihéros sociopathe issu du lumpenproletariat, ange tour à tour exterminateur (il fomente l’assassinat d’un sénateur) et rédempteur (il tente de protéger une pute de douze ans) ; De Niro dans son premier grand rôle ; Jodie Foster, 13 ans, en prostituée ; le cultissime « You’re talkin’to me ? » improvisé lors du tournage ; l’errance jazzy et ultime partition de Bernard Herrmann, mythique compositeur d’Hitchcock ; New York, alors la ville la plus violente des Etats-Unis, filmée dans toute sa souillure « comme dans un état de somnolence » par un cinéaste enfiévré, carburant au mal-être et aux psychotropes ; le dénouement d’une ambiguïté dérangeante : tout respire les années 1970. « Taxi Driver » serait impossible à produire aujourd’hui. En 1976, il reçut la palme d’or (des mains de Tennessee Williams), réunit 2,7 millions de spectateurs en France et propulsa Scorsese à 33 ans, l’âge du Christ, au sommet de la gloire. Et de ses addictions autodestructrices (lire « Raging Bull »).

5- « Le Loup de Wall Street » (2013)

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Martin Scorsese a fait du bien à Leonardo DiCaprio, la réciproque est moins vraie. Si leur collaboration suivie a permis à chacun de maintenir son étoile au firmament d’Hollywood, elle a condamné le cinéaste aux projets de grande envergure, pas toujours adaptés à sa sensibilité (« Shutter Island »), et l’a vu flirter plus d’une fois avec la boursouflure à Oscars (« Gangs of New York », « The Aviator »). De leurs six films ensemble (le prochain, « Killers of the Flower Moon », est annoncé pour 2023), « le Loup de Wall-Street » n’est pas le plus intéressant mais c’est le plus cohérent. A la demande de DiCaprio (qui approcha aussi Ridley Scott), Scorsese s’y attaque à la vulgarité clinquante du monde de la finance. En adaptant l’autobiographie de Jordan Belfort, golden boy du Wall Street de la fin des années 1980 tombé pour fraude et blanchiment d’argent, le cinéaste renoue avec la veine de ses fresques mafieuses et électriques. « Le Loup de Wall-Street », c’est « les Affranchis » chez les traders version grosse farce. Exit les meurtres et les passages à tabac, place aux partouzes, aux lancers de nains et aux rails de coke par voie anale !

Avouons-le : voir Scorsese commettre à 71 ans et à ce stade de sa carrière une satire aussi mal élevée a quelque chose de réjouissant. Aidé par un DiCaprio prêt à se vautrer dans les situations les plus scabreuses et par quelques pros de l’impro (Jonah Hill en acolyte à la Joe Pesci), le maestro se lâche. Son film est outrancier, souvent jouissif. Assez moche aussi, comme si Scorsese avait adapté son style à l’esthétique télévisuelle de l’époque (les années 1990). Faute d’une quelconque empathie pour ses personnages, il s’y raccroche à sa cruauté de moraliste et à ses effets de signature. L’admirable plan final a d’ailleurs comme un troublant effet miroir : ce public conquis par le savoir-faire de Belfort, bateleur brillant en plein exercice d’auto-parodie, n’est-ce pas nous face au film de Scorsese ?

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  • Les cinq pépites sous-estimées

1- « After Hours » (1985)

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Un terne informaticien de Wall Street est abordé par une belle esseulée dans un bar. C’est le début d’une nuit cauchemardesque. Et d’une leçon de cinéma. Paumé après les bides successifs de « New York New York », « Raging Bull » et « la Valse des pantins », démoralisé par son échec à monter « la Dernière Tentation du Christ », Martin Scorsese tourne ce petit film dans l’urgence, à partir du scénario d’un étudiant en cinéma, pour reprendre goût à son métier. Mission plus qu’accomplie. « Sur “After Hours”, dira Scorsese, à chaque fois que je mettais l’œil dans le viseur, j’étais heureux. » Cela se sent. N’en déplaise à la presse de l’époque, qui l’accueillit avec un enthousiasme mêlé de condescendance comme une réussite mineure, « After Hours » est un de ses meilleurs films, modèle de comédie absurde et paranoïaque, entre Kafka et Woody Allen, mais totalement scorsesienne. Tout est bien senti dans cette farce noire, parsemée de symboles psychanalytiques : Griffin Dunne en M. Tout-le-Monde acculé, Rosanna Arquette à tomber, la photo nocturne de Michael Ballhaus pour la première de ses sept collaborations avec le cinéaste, la musique électro minimaliste d’Howard Shore et la mise en scène d’une invention constante, traduisant les mouvements psychologiques du protagoniste en même temps que le fatum qui s’abat sur lui. Ce terrible silence de Dieu qui rend nos vies comiques.

2- « Le Temps de l’innocence » (1993)

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Et soudain, Scorsese marcha sur les traces d’Ophuls et de Visconti, sans renier ce qu’il est profondément : désemparé face aux femmes et aux tourments amoureux. « Le Temps de l’innocence », adapté du roman d’Edith Wharton, raconte le tiraillement d’un avocat de la Haute Société new-yorkaise des années 1870 partagé entre deux femmes – sa jeune épouse (Winona Ryder) et la cousine de celle-ci, comtesse déchue car divorcée (Michelle Pfeiffer). Passion tue ou obligations maritales ? Voilà qui parle à l’homme torturé qu’est Scorsese, quand bien même le voir balader sa caméra parmi les tableaux de maître, draperies, lustres et autres mobiliers rococos du XIXe siècle en surprit plus d’un.

Si le réalisateur fait un bond dans le temps et les classes sociales, ses centres d’intérêt n’ont pas changé : historique de la ville de New York, antihéros obsessionnel, aliénation sociale, amour contrarié, désirs refoulés. Tout en émotions contenues, sa mise en scène n’a jamais été aussi élégante. Impressionniste sous ses faux airs ornementaux. Ajoutez-y un Daniel Day-Lewis, en mode bouillonnement intérieur, d’une sobriété remarquable, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder au sommet de leurs carrières et l’une des plus belles partitions d’Elmer Bernstein. Le meilleur film de James Ivory (qui sortait la même année « les Vestiges du jour », film cousin), Scorsese l’a réalisé.

3- « The Last Waltz » (1978)

Si le rock’n’roll n’avait pas existé, Martin Scorsese aurait donné l’extrême-onction. L’anecdote est célèbre : c’est en découvrant ce que l’Eglise appelait alors « la musique du diable » que le petit Martin Luciano Scorsese, 14 ans, remisa son ambition de devenir prêtre. Elvis Presley, Chuck Berry et Little Richard, c’était quand même plus excitant que Jean XXIII. Depuis, le rock ne l’a jamais quitté. Jeune monteur au début de sa carrière, il contribue aux docus « Elvis on Tour » et « Woodstock ». Plus tard, il produit la série de films « The Blues » sur l’histoire du genre, chapeaute deux documentaires sur Bob Dylan (« Bob Dylan : No Direction Home » et « Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan story by Martin Scorsese »)… Surtout, depuis son premier long-métrage « Who’s That Knocking at My Door ? » en 1968, Scorsese n’a de cesse de nourrir ses bandes-son de guitares saturées et de rythmiques endiablées. Décortiquer la mythologie de son pays, c’est aussi défricher ses racines musicales.

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Son plus beau tribut au rock ? Sans contexte, « The Last Waltz », tourné en parallèle de sa comédie musicale « New York, New York », dans sa période post-palme d’or, la plus déchaînée de sa carrière. Résumons. En 1976, le producteur Jonathan Taplin propose à Scorsese de filmer le concert d’adieu de The Band. Fan du groupe, formé par les musiciens qui accompagnaient Bob Dylan, le cinéaste ne se contente pas de débarquer avec son équipe le soir de l’événement pour le mettre en boîte banalement. Malgré son travail simultané sur le montage de « New York, New York », il pense « The Last Waltz » comme un véritable opéra. Après avoir établi un storyboard détaillé en fonction des paroles de chaque chanson, il met en scène, éclaire et décore avec son directeur photo Laszlo Kovacs et son décorateur Boris Leven tout le récital. Et, une fois la captation terminée, interviewe chaque membre du groupe qui, alors, n’existe plus.

Bien plus qu’un concert filmé, « The Last Waltz » est un grand film musical et l’un des plus pertinents témoignages sur la vie et le statut des artistes rock. Sur scène, en filmant exclusivement les musiciens sans jamais montrer le public en contrepoint, Scorsese réussit à pénétrer l’émulation, le rapport quasi cosmique qui se crée entre eux. Et ce ne sont pas les derniers de la liste : Bob Dylan, Neil Young, Van Morrison, Muddy Waters, Ringo Starr, Joni Mitchell, Eric Clapton, Neil Diamond… Le casting est fou. Sur la chanson « The Weight », la communion entre The Band et The Staple Singers atteint une forme de mysticisme bouleversant.

4- « La Valse des pantins » (1983)

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Martin Scorsese n’aime pas « la Valse des pantins ». Il a ses raisons : réalisé après « Raging Bull » et alors que le cinéaste, tout juste remis de graves problèmes de santé liés à la drogue, traversait une grosse période de doute, le film reste son plus cuisant échec commercial. C’est pourtant l’un de ses meilleurs. Robert De Niro, génial, y livre une composition surprenante sous la moustache étriquée de Rupert Pupkin, un aspirant comédien de stand-up qui, après avoir tenté d’approcher l’animateur télé Jerry Langford (Jerry Lewis), le kidnappe et exige un passage dans son émission. Pupkin n’est rien d’autre qu’un cousin rigolard, donc plus dérangeant encore, du sociopathe de « Taxi Driver ». Scorsese le filme en délaissant sa flamboyance habituelle pour l’étouffer dans ses cadres, inspirés de l’esthétique télévisuelle, et un montage mystificateur mêlant scènes réelles et fantasmées. Il fait, en outre, du clown Jerry Lewis un personnage sinistre. Ces partis pris, trop radicaux pour séduire lors de sa sortie, font tout le sel de cette (fausse) comédie acide et prophétique sur le culte de la célébrité et ce que l’on n’appelait pas encore la télé-réalité. Laquelle a servi de patron au « Joker » de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix, qui fourmille de clins d’œil (en premier lieu, le rôle tenu par Robert De Niro).

5- « Alice n’est plus ici » (1974)

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La plus persistante idée reçue à propos de Martin Scorsese consiste à le résumer à un chantre de la mafia, à un esthète de la violence, inapte à parler de la gent féminine. C’est un peu court ! Parmi ses 23 longs-métrages, on compte seulement cinq films de gangsters. Et de superbes portraits de femmes. Dont « le Temps de l’innocence » et « Alice n’est plus ici », qui valut un oscar plus que mérité à Ellen Burstyn pour son rôle de mère veuve cherchant à refaire sa vie. C’est elle qui, auréolée du triomphe de « l’Exorciste », proposa le script à Scorsese, jeune trentenaire que le fulgurant « Mean Streets » (à voir absolument aussi) venait de révéler. « Que savez-vous des femmes ? », lui demanda-t-elle. « Rien, mais j’aimerais apprendre », répondit-il. Hanté par le fantôme du « Magicien d’Oz », très #MeToo avant l’heure (l’envers de l’American Dream est pavé de machos), ce remarquable road-movie sentimental est un beau film d’acteurs – citons Kris Kristofferson, Harvey Keitel et Jodie Foster enfant – sur les désillusions adultes d’une fillette qui avait des rêves plein la tête.

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  • Les cinq films dont on peut se passer

1- « Hugo Cabret » (2011)

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Le sens du merveilleux n’est pas le fort de Scorsese, ni celui du burlesque. Les deux manquent terriblement à son seul film pour enfants, tentative singulière mais empesée, tirée d’un roman de Brian Selznick, de retracer la naissance du cinématographe et l’histoire de son premier illusionniste, Georges Méliès, au sein d’un conte onirique à la « Harry Potter ». Sensibiliser le jeune public aux origines du 7ème Art, voilà qui est scorsesien. Le faire via le pouvoir de l’imaginaire et la 3D aurait mieux sied à un Spielberg ou au Robert Zemeckis des bons jours. Malgré de belles intentions, « Hugo Cabret » est un film sur la magie du cinéma… sans magie.

2- « La Couleur de l’argent » (1986)

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Si Scorsese a passé les années 1980 à se chercher (avant que « les Affranchis » offre un deuxième souffle à sa carrière), il ne s’est jamais autant oublié que sur « la Couleur de l’argent ». Initiée par Paul Newman, cette suite vingt-cinq ans après de « l’Arnaqueur », rôle emblématique de sa carrière, a surtout permis au cinéaste de diriger la star aux yeux bleus, qu’il admirait. Face à lui, une jeune pousse : Tom Cruise, tout juste sorti du succès planétaire de « Top Gun » mais encore mal dégrossi. A travers leur duel entre le joueur de billard vieillissant et son élève, c’est aussi la rencontre entre deux générations, deux écoles d’acteurs qu’orchestre Scorsese dans ce film de commande très marqué années 1980, bien troussé – les scènes de billard sont filmées avec une frénétique virtuosité –, mais sans grand intérêt.

3- « Silence » (2017)

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Fut un temps où Martin Scorsese envisageait de finir sa carrière en tournant des petits films sans argent sur la vie des saints, à la manière de Roberto Rossellini. Ca, c’était avant que sa légende, son train de vie, son oscar tardif et Leonardo DiCaprio ne l’assujettissent à un certain standing de production. D’où la tripotée de films malades signés par le cinéaste ces deux dernières décennies, écartelés entre ambition personnelle peu commerciale, poids budgétaire et exigence de spectacle. Projet vieux de vingt-cinq ans, tiré d’un classique de la littérature japonaise (déjà adapté en 1971 par Masahiro Shinoda), « Silence » est celui qui souffre le plus de ces dichotomies. Casting inadapté (Andrew Garfield est à baffer), souci de vulgarisation qui vire au prêchi-prêcha, durée indue (2h41) : le sujet fort – le voyage de deux jésuites à la recherche de leur mentor, un missionnaire soupçonné d’apostasie, dans le Japon shintoïste où l’on torturait les chrétiens – et la réflexion sur la foi et le fanatisme requerraient mieux que cet hommage contre-productif au cinéma japonais, où ascèse et Scorsese riment difficilement. Certes, c’est beau, certains plans sont magistraux et quelques scènes, puissantes – rien n’est jamais totalement raté chez le maestro. Quitte à choisir une de ses « orientaleries » mystiques autant porter son dévolu sur « Kundun » (1997), son « opéra naïf » sur le bouddhisme emmené par la musique de Philip Glass.

4- « Bertha Boxcar » (1972)

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Deuxième long-métrage du réalisateur, « Bertha Boxcar » retrace la cavale d’un couple de hors-la-loi (une femme-enfant à la sensualité débordante et un syndicaliste au destin christique) dans l’Amérique de la Grande Dépression. Le film, produit par le pape de la série B Roger Corman (son mantra : de la nudité et de la violence tous les quarts d’heure) pour surfer sur le succès de « Bonnie et Clyde », est mineur mais déterminant pour Scorsese. Il y expérimente son approche de la violence et ses métaphores bibliques, sublime Barbara Hershey (elle lui offrit le livre « la Dernière Tentation du Christ » sur le tournage) et comprend, au vu du résultat, qu’il ferait mieux de parler de ce qu’il connaît. « Marty, tu viens de passer une année de ta vie à faire une merde. C’est un bon film mais tu vaux mieux que les gens qui font ça. Ne te laisse pas attraper par le marché, essaye de faire quelque chose de différent », lui conseille alors John Cassavetes. Suivra la claque « Mean Streets ».

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5- « Les Infiltrés » (2006) / « The Irishman » (2021)

Pas des mauvais films mais l’un est indigne de sa réputation et l’autre, interminable. Que Scorsese ait reçu son seul oscar pour le peu novateur « les Infiltrés », remake implacable mais lourdaud du polar hongkongais « Infernal Affairs », est une hérésie qui l’étonna lui-même. Dépassé sur le tournage par un Jack Nicholson incontrôlable, « Marty pensait que “les Infiltrés” était son pire film », nous confia son directeur de la photo Michael Ballhaus. Quant à « The Irishman », sur la relation entre Jimmy Hoffa (Al Pacino), le puissant patron du syndicat des camionneurs américains dans les années 1960, et son chauffeur et ami Frank Sheeran (Robert De Niro), un homme de main de la mafia soupçonné de l’avoir assassiné, il porte les stigmates de la production Netflix qui laisse les coudées franches aux grands auteurs. Lesquels, débarrassés de toutes contraintes, partent facilement en roue libre. Sous couvert d’une énième fresque sur l’Amérique du crime organisé, le film est une méditation sur le temps qui passe mais ses 3h30 durent l’éternité, plombés par un recours malheureux au rajeunissement numérique (De Niro et Joe Pesci jouent leurs personnages à trente ans mais avec leurs gestes de septuagénaires). Dans « les Infiltrés » comme dans « The Irishman », priment une impression de redite et le sentiment que Scosese s’est laissé déborder par l’entreprise.

  • Les trois docus indispensables

1- « Italianamerican » (1974)

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En 1974, Martin Scorsese n’est « que » le très prometteur réalisateur de « Mean Streets », inspiré de sa jeunesse dans la Petite Italie new-yorkaise. Le film s’est vu encensé par la critique, ignoré par le public (il ne sortira en France qu’en 1976) mais vaut à Scorsese d’être contacté par la National Endowment of the Humanities qui lui propose de tourner un sujet sur les Italo-Américains dans le cadre d’un programme célébrant le bicentenaire des Etats-Unis. Plutôt que de s’atteler à un documentaire classique, Scorsese contourne la commande pour en faire un projet on ne peut plus personnel : il choisit d’interviewer ses parents dans leur petit intérieur d’Elizabeth Street. Le tournage s’étale sur deux week-ends. Tout est improvisé.

Dans leur petit salon, Catherine et Charles Scorsese se tiennent chacun à une extrémité du canapé, dont on remarquera, détail amusant, qu’il est toujours sous plastique. Catherine, mamma volubile et expansive, reproche à Charles, padre réservé mais qui n’en pense pas moins, de se tenir loin d’elle. « ll paraît qu’avec le temps, on s’aime de plus en plus », ironise-t-elle avec son accent sicilien. Puis son fils lui demande l’origine de sa fameuse sauce tomate aux boulettes de viande. Question accessoire ? Loin s’en faut. A travers l’histoire de cette sauce, c’est le fil de l’immigration italo-américaine que Catherine Scorsese se met à dérouler. Le ton n’est jamais sentencieux, misérabiliste ; c’est celui vivant, spontané, chaleureux et souvent drôle d’un couple de gens simples, débordant d’anecdotes et se titillant sans répit. Emouvant portrait de sa communauté et, en filigrane, de Scorsese lui-même (on sait depuis qu’il tient son sens de la narration, son humour fataliste et son débit mitraillette de sa mère), première expression manifeste du rôle de passeur qu’il s’est assigné et qui s’est depuis exprimé dans de multiples domaines (fondation pour la restauration et la conservation des films, documentaires pléthoriques, interventions fréquentes au service des arts et de la culture), « Italiamerican » est une clé précieuse pour comprendre son œuvre.

2- « Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain » (1995)

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Dire que Martin Scorsese vit avec et pour le septième art est un euphémisme. Véritable cinémathèque vivante, il n’a jamais mieux donné goût à sa passion qu’à travers ce documentaire fleuve (3h45 en 3 parties), co-réalisé avec feu le critique Michael Henry Wilson. Un voyage subjectif mais jamais réducteur, érudit mais accessible et toujours sensible parmi les films et cinéastes qui l’ont marqué. Il y fait dialoguer, via des extraits de leurs œuvres, Alfred Hitchcock et Samuel Fuller, Griffith et DeMille, Jacques Tourneur et Max Ophüls, Billy Wilder et André de Toth. Passe de « Citizen Kane » à « l’Impératrice rouge », d’« Une étoile est née » à « Que le spectacle commence », de « Barry Lyndon » de Kubrick à « Faces » de Cassavetes… Et éclaire les influences de ses propres films sans jamais les mettre en avant, arrêtant même la chronologie en 1968, date à laquelle il a signé son premier long-métrage. Un bonheur pour les cinéphiles, un sésame pour les autres. Détail éloquent : une seule réalisatrice (Ida Lupino) y est citée, et ce n’est pas par misogynie de la part de Scorsese. Quatre ans plus tard, il réitérera l’expérience pour le cinéma italien dans « Mon voyage en Italie », où il cède davantage à la paraphrase. Ces deux documentaires inspireront à Bertrand Tavernier, notre Scorsese national, son « Voyage à travers le cinéma français » (2016).

3- « George Harrison : Living in a Material World » (2011)

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Nul besoin de chercher loin pour faire le lien entre Martin Scorsese et George Harrison, le Beatle discret : enfants pauvres, réveillés par le rock et propulsés, dès leurs débuts, stars emblématiques d’un renouveau artistique et générationnel (Scorsese, Coppola, Spielberg et De Palma furent les Beatles du Nouvel Hollywood), ils ont tout deux slalomé entre les femmes, les drogues et autres tentations sans jamais s’éloigner de leur quête spirituelle. Raconté via les témoignages des proches d’Harrison (de Paul McCartney et Phil Spector à d’autres moins connus), nourri d’images rares voire inédites (ah, la signature du contrat de séparation des Beatles !), « Living in a Material World » est le portrait riche (3h30), complexe et terriblement émouvant d’un homme qui chercha du sens au milieu du chaos de la célébrité. Comme Scorsese le fait par le biais de ses films.

Les incontournables, les pépites méconnues… On a passé en revue la filmographie de Martin Scorsese