Norman, Natoo, Logan Paul… 5 films de Youtubeurs qui donnent envie de brûler des bébés chats

La sortie du film Le Visiteur du futur donne envie de se faire du mal, et replonger dans quelques horreurs liées aux stars de YouTube.

Non, Youtubeur ou Youtubeuse n’est pas une insulte. C’est un mot neutre, et un joyeux un fourre-tout. Mais c’est un mot qui a parfois pris la couleur d’une trace de pneu grâce à quelques essais incroyables au cinéma.

Souvent nés sous l’impulsion de producteurs désireux de pomper ces phénomènes qu’ils ne comprenaient pas, les films financés grâce aux Youtubeurs et Youtubeuses ont globalement été de petites catastrophes. Les exceptions comme le sympathique Le Visiteur du futur confirment cette règle d’or et de larmes.

Ecran Large ayant la fine bouche pour les bouts de gras étalés sur les écrans, l’équipe a revu cinq grandioses horreurs, et t’explique en quoi c’est incroyable. De rien.

 

J’arrive pour remettre les pendules à l’heure

 

LE MANOIR

Date de l’attentat au cinéma : 2017

Budget du cauchemar : inconnu

Nombre de victimes : 218 000 entrées

 

Le Manoir : Photo Kemar, NatooIl manque de boyaux ce Fort Boyard

 

Avec qui ? Kemar, Natoo, Mister V, Ludovik, mais aussi des gens avec des prénoms-noms de famille comme Vincent Tirel et Jérôme Niel.

Pourquoi il aurait mieux fait de rester sur YouTube ? Il y a deux grands lieux communs sur le cinéma français : tout le monde (tous les gens bien en tout cas) en a marre des grosses comédies sponsorisées par TF1, Pathé, Gaumont et autres diablotins ; et personne (en tout cas personne n’ayant les faveurs des décideurs-financiers) ne sait faire de bon film d’horreur. S’il fallait donner raison à tout le monde et convaincre l’Union européenne de stopper le CNC et couper l’électricité par mesure de sécurité sur tout le territoire, ce serait Le Manoir. Car c’est la plus abominable et parfaite des réponses à ces conneries, qui montre le pire des deux mondes.

Option 1 : Le Manoir est une comédie. Ce serait logique puisqu’il regroupe une bande de gens faisant apparemment rire sur YouTube. Ceci expliquerait aussi la galerie de personnages censés faire rire, type meuf kawaii aux cheveux roses avec son mini clébard, mec débile encombré par sa grosse bite, puceau-fils à maman, pouffe chaudasse et dealer défoncé. Sauf qu’il n’existe aucun jeu de mots décent pour décrire le carnage non-humoristique de ces 90 minutes laborieuses, qui hésitent entre pure parodie et sketchs merdiques (échantillon d’humour : “Y’a un gros monstre !”, “T’es sûr que c’était pas un gros rat ?”).

Option 2 : Le Manoir est une sorte de slasher, qui “””joue””” avec les codes (une vieille demeure isolée, pas de réseau, une déco louche, blablabla). D’où les jambes coupées d’un des débiles, le cadavre accroché dans une pièce, et le tueur avec un masque. Sauf que c’est tellement lent et mou, qu’un Hong Sang-Soo ressemble à un Michael Bay à côté.

 

Le Manoir : photoTrophées de chiasse

 
Hormis quelques morts nulles, et deux moments musicaux qui donnent envie de filer cinq Oscars à Mamma Mia 2, il ne se passe strictement rien. Le Manoir se résume alors à l’enfer d’un groupe de Youtubeurs-Youtubeuses-humoristes-gens, que vous ne connaissez peut-être pas et franchement merci et bravo, lancés dans un mauvais escape game que TF1 aurait pu passer en première partie de soirée pour le réveillon, avant un Enfants de la télé spéciale influenceurs de l’humour.

Ni comédie ni slasher, Le Manoir devient alors une épreuve de l’ennui. C’est d’autant plus ahurissant que la chose n’est visuellement pas aussi dégueulasse que le scénario, le réalisateur Tony Datis et le directeur de la photo Maximilian Dierickx faisant ce qu’ils peuvent pour que ce soit à peu près respectable (merci les machines à fumée).

 

Le Manoir : Photo Kemar, NatooSpoiler : c’est eux les tueurs (de rien)

 

Bien sûr, tout ça est quasiment parti d’une blague : un producteur qui a aimé des sketchs de Kemar, lui fait rencontrer un copain producteur, lequel choisit comme point de départ d’un nouveau projet une vieille vidéo à moitié improvisée type parodie d’horreur (C’était nul mais drôle de nullité“, parole de Natoo, dans Cinopsis pendant la promo du Manoir). Le scénario n’intéresse personne, sauf Gaumont qui décide de se lancer, avec les meilleures idées du monde puisqu’ils proposent à Kemar de réaliser (il a l’intelligence de refuser). Exactement comme à la glorieuse époque de la French Frayeur, l’incompétence, la bêtise ou le cynisme (ou les trois) ont donc créé une anomalie complètement hallucinante de nullité.

Une scène qui donne envie de réévaluer la saga Scary Movie (même le 2e) ? Le twist qui révèle que les grands méchants étaient Natoo et Kemar, qui sont en réalité frères et sœurs (le degré de malice-meta avec le couple qu’ils formaient alors à la ville n’est pas fortuit). Le vrai twist est probablement l’audace d’un flashback, où Natoo et Kemar jouent leurs propres parents dans une grandiose origin story : les enfants ont été oubliés par leurs parents en pleine descente, dans une forêt, après une free party. Ils se sont alors juré de ne plus jamais être victimes de la vie. Un sommet de cringe que seul YouTube pouvait engendrer.

PS : On n’a rien contre Kemar et Natoo. Ils ont l’air plutôt sympas. Mais vraiment là, ce n’est pas possible.

 

Pas Très Normales Activités

Date de l’attentat au cinéma : 2013 

Budget du cauchemar : 1,7 million d’euros

Nombre de victimes : Environ 177 000 spectateurs

 

Pas Très Normales Activités : photoPas très supportable mise en scène

 

Avec qui ? Avec Norman Thavaud, qui est alors l’incarnation même de ce qu’on appelle depuis peu un Youtubeur, et dont le succès semble alors aussi massif qu’irrationnel et inarrêtable. 

Pourquoi il aurait mieux fait de rester sur YouTube ? Parce que Norman y était seul maître à bord, au sein d’une discipline qu’il avait grandement contribué à créer. Une position de choix, voire franchement exceptionnelle, qui lui conférait autant de sympathie auprès du public que de singularité dans le paysage créatif, quitte à jouir d’une relative indulgence de ses spectateurs. Sauf que quand le jeune artiste doit donner la réplique ou partager le cadre avec d’autres interprètes, le pastiche de Paranormal Activity vire au peloton d’exécution, au sein duquel on assisterait au supplice d’une poule ayant bien malgré elle posé le bec sur un couteau.

Non seulement rien ne va, mais le malheureux néo-acteur dégage un sentiment de malaise rarement constaté sur grand écran, comme s’il prenait progressivement conscience de la catastrophe. Autre problème majeur : le tempo (comique ou non). Norman est un roi du format court, dont le personnage public se confond avec l’identité et on sent combien le rythme d’un long-métrage ainsi que la nécessaire construction d’un personnage paralysent tout ce qui fait d’ordinaire son charme.

 

 

La scène de crime : Stéfi Celma, Maurice Barthélémy et Norman sont à table, réunis dans le même plan. Ils évoquent une infusion à l’échalote, un homme ayant eu des problèmes avec des mineurs lors d’un séjour au Viêtnam et la disparition d’un cheptel porcin. Tandis que les deux premiers font tout leur possible pour faire exister un dialogue reposant sur moult jeux de mots malaisants et tentative de malmenage du 4e mur, Norman semble se décomposer. Au centre de l’image et incapable d’insuffler au personnage et à la dramaturgie le moindre tempo, il nous offre là un chef-d’oeuvre de malaise rarement égalé.

 

Logan Paul Systematic Unibeurk

Date des attentats un peu partout : De 2015 à nos jours, puisque Liked est encore en postproduction.

Budget des cauchemars : Beaucoup trop

Nombre de victimes : Inconnu, mais probablement très élevé outre-Atlantique.

 

Where's The Money ? : photo, Paul LoganWhere’s The Money ? Dans sa poche.

 

Avec qui ? Logan Paul, ado devenu star grâce aux applications Vine et Périscope, qui faisait des courts-métrages en parallèle sur YouTube avant de se consacrer pleinement à son obsession :  lui-même.

Pourquoi il aurait mieux fait de rester sur YouTube ? Déjà sur YouTube, Logan Paul repoussait régulièrement les frontières du bon goût, ou même de la loi, dans le cas de sa fameuse vidéo de la forêt japonaise. Il n’a pas trainé avant de mettre ce talent pour le malaise au service du sport (de la boxe en l’occurrence), ou de la télévision, puis du cinéma.

 

Law & Order True Crime : photo, Logan PaulDans Law & Order, ironique

 

Stakhanoviste de la gêne, clairement engagé dans une quête pour insérer sa tronche dans tous les médiums possibles et imaginables, il restait tolérable en tant que second rôle, dans un épisode de Law and Order, dans la mini-série Weird Loners, dans la série Stitchers de ABC, dans l’exclu Shudder à l’affiche la plus moche du monde Can’t take it back, dans Valley Girl ou même dans The Space Between us, drame de science-fiction ou il apparait aux côtés de Gary Oldman, Asa Butterfield ou Carla Gugino. Il suffisait de fermer les yeux à la vue de la moindre mèche blonde qui joue mal. Facile.

C’était sans compter sur la règle élémentaire du YouTube game : tout est possible avec de l’argent et des abonnés, y compris faire croire que Logan Paul a les épaules pour s’arroger la tête d’affiche. En digne héritier de Jim Carrey, l’artiste n’hésite pas à changer de registre, puisqu’il s’est illustré aussi bien dans la comédie nulle que dans le mélo d’anticipation nul. Ou plutôt aussi bien dans l’orgie youtubesque qui ferait passer Le Manoir pour un film des Monty Python que dans le young adult décérébré.

 

Y-a-t-il un Youtuber dans l'avion ? : photo, Logan PaulLes portes de l’enfer

 

Where is the money est sans doute le plus supportable du lot, surtout comparé à Airplane Mode, subtilement retitré chez nous Y-a-t-il un Youtuber dans l’avion ?, interminable diaporama de blagues de cul plus lourdes et misogynes les unes que les autres. Les connaisseurs et les esthètes y verront à n’en point douter Le Führer en folie du XXIe siècle, le dab étant indubitablement le nouveau salut nazi.

Mais la plus risible de ces tentatives reste le duo – que disons-nous ? –, le diptyque, la saga, la fresque The Thinning, sortie directement sur Youtube Red, avorton inattendu du fond de panier des young adult post-Hunger Games et consorts. Le pitch ? Dans un futur surpeuplé, les écoliers de tous âges doivent passer régulièrement un examen qui peut les condamner à mort. La chose vaut moins pour son scénario insignifiant au possible que pour le jeu de Logan Paul, risible quand il mime la tristesse, hilarant quand il s’improvise pourfendeur du système, aux côtés d’une Peyton List pré-Cobra Kai.

 

The Thinning : photo, Logan PaulQuand tu sors d’une forêt japonaise

 

Une scène qui abime le septième art : N’importe laquelle des séquences d’Airplane mode suffit à donner envie de remonter dans le temps pour assassiner les frères Lumière, mais comme on n’a pas ce luxe, on va se contenter de choisir celle ou il pose un avion grâce à un tuto YouTube avec en fond un plagiat éhonté de la BO d’Interstellar. Tout ça pour sauver sa peau et celle de son ami qui, pour citer un grand homme, “n’a toujours pas baisé”. Il y a aussi un singe et des effets spéciaux pour le moins expérimentaux. À noter que c’est un des seuls moments où les personnages ne philosophent pas sur les organes reproducteurs de leurs congénères.

Smosh : The Movie

Date de l’attentat en VOD : 2015

Budget du cauchemar : 1 million de dollars (c’est déjà trop)

Nombre de victimes : Inconnu (et c’est mieux comme ça)

 

Smosh: The Movie : photoPétage de crâne en règle

 

Avec qui ? Anthony Padilla et Ian Hecox, le duo “d’humoristes” (notez les guillemets) derrière Smosh, véritable empire de YouTube aujourd’hui responsable d’une multitude de chaînes autour de sketchs, de parodies et de gaming, entre autres.

Pourquoi ils auraient mieux fait de rester sur YouTube ? Il y a un paradoxe fascinant avec Smosh : The Movie. Le long-métrage voudrait marquer une rupture avec le contenu originel des deux comparses, mais il ne peut pas s’empêcher de revenir à YouTube. Non seulement la plateforme est au cœur d’un pitch foncièrement débile (le duo voyage dans des vidéos pour modifier la captation d’un événement humiliant devenu viral), mais tout le film n’est qu’une succession de vannes et de concepts aussi mal rythmés que construits dans la logique globale d’un récit inexistant.

 

Smosh: The Movie : photoLa photographie et l’étalonnage ? C’est surfait

 

En bref, Smosh : The Movie est un sketch étiré sur 1h20, qui ne s’embarrasse pas d’une qualité visuelle et narrative digne d’un film de cinéma. Son lot conséquent d’effets visuels hideux (l’apparition d’un ours que même ta grand-mère saurait mieux incruster) est à l’image de la débilité de ses personnages, tellement antipathiques qu’on a envie de les jeter dans un bain d’acide. Smosh se rêve en Bill et Ted contemporains, mais ils n’en sont qu’une excroissance cancéreuse, alors même que la réalisation du film a été confiée à Alex Winter (l’interprète de Bill).

Totalement inconscient de sa bêtise, le film en devient presque passionnant, tant il enchaîne sans aucune gêne des blagues plus beaufs tu meurs (un massage fessier pour ne citer que lui), et façonne son histoire autour de la célébrité naissante de ses protagonistes, tout simplement parce qu’ils ont changé le passé sans s’inquiéter des conséquences.

 

Smosh: The Movie : photoQuand t’as fait une blague niveau Jean-Marie Bigard

 

Une scène pour éternuer son cerveau : On pourrait dire simplement que Smosh : The Movie ne cherche même pas à construire des enjeux cohérents sur la durée du film. Ce qui prévaut, c’est la rupture de ton sur le moment, et la vanne même si elle devrait avoir des conséquences. Le plus stupide là-dedans (et le plus terrifiant), c’est quand Anthony et Ian vont au siège de YouTube pour demander le retrait de la vidéo, et demandent innocemment à voir M. YouTube.

Le twist, c’est qu’il y a bien un Steve YouTube. Le running-gag est d’une part assez minable, mais dangereux. Padilla et Hecox donnent un visage voire humanisent le concept même des GAFAM et leurs algorithmes. Si on était cynique, on dirait qu’ils chercheraient à mettre en valeur leur gagne-pain, même si la piste est vite abandonnée pour transformer le personnage en méchant pathétique.

 

LES DISSOCIÉs

Date de l’attentat (un peu) au cinéma : 2015

Budget du cauchemar : 175 000€

Nombre de victimes : Inconnu, mais il a 9,6 millions de vues sur YouTube

 

Les Dissociés : photoQuand tu te rends compte que 3000 ans à t’attendre a été vu neuf fois moins

 

Avec qui ? Principalement le collectif Suricate en vedette – Raphaël Descraques, Julien Josselin et Vincent Tirel –, mais aussi à peu près tout l’internet du milieu des années 2010 en caméo (même Mathieu Sommet).

Pourquoi il aurait mieux fait de rester sur YouTube ? Parce qu’en fait, à l’origine, il ne devait pas sortir de YouTube. Mais comme vous avez décidé que c’était un film de génie, Les Dissociés a eu droit à son exploitation en salle et à la télé grâce à sa popularité en ligne. Du coup, c’est un peu de votre faute si on en parle, même si, avouons-le, il s’agit de la tentative la plus honnête et sincère de notre liste. Pour autant, on peut aussi faire n’importe quoi avec honnêteté et sincérité, et si l’on s’abstiendra de casser du sucre, au moins se doit-on de rétablir quelques vérités.

La première d’entre elles, c’est que bien que Les Dissociés ait réussi à composer avec un budget infinitésimal de 150 000 €, cet argent vient à 80% de divers placements de produits – qui sont d’ailleurs particulièrement indiscrets et mettent en valeur des marques relativement peu sympathiques. De là à dire que Les Dissociés est une longue réclame de 75 minutes habillée en projet pour interneteurs rigolos mais nécessiteux qui paye ses techniciens au SMIC et à la passion, il n’y a qu’un pas que nous vous laisserons le soin de franchir ou non. Après tout, il y a bien des gens qui défendent La Grande Aventure LEGO et le MCU.

 

Les Dissociés : photoRendez-nous Jim Carrey

 

Seconde vérité, la plus terrible : malgré toute la bonne volonté de Les Dissociés, si on regarde les choses en face, le film tient tout juste la route. Même s’il veut bien faire, YouTube, comme d’habitude, y est à l’humour ce que le porno est au sexe : plutôt que de raconter une histoire pénétrante, on y crie très fort tout le temps, on y confond vitesse et précipitation, on y tasse le plus de matière possible, le plus vite possible, et avec beaucoup trop de partenaires. Même la musique en fout partout.

En bref, c’est mieux quand ça s’arrête. Contrainte par une avalanche de caméos (une douzaine), de pubs et de gags à caser en un temps record, l’intrigue sert plus de prétexte à réunir la grande famille du lol 2.0 pour un grand rituel impie, une sorte de nuit du Walpurgis du fun menaçant d’ouvrir la porte des enfers, là où le rire est devenu une start-up montée par McFly et Carlito et où les effets spéciaux se cachent pour mourir. Impossible de prendre Les Dissociés au sérieux, et c’est un comble pour une comédie qui n’est jamais drôle.

 

Les Dissociés : photoTrois youtubeurs qui faisaient de l’humour

 

Une scène qui donne envie d’arrêter le cinéma : Après une heure exténuante pour les sens et un gros début de migraine, Les Dissociés s’achève dans un grand climax typique de tous les navets de la comédie : c’est parti pour la blaguarre. Dans un montage alterné, nous voyons donc nos pauvres Julien Josselin et Raphaël Descraques s’échanger des vannes sans punch et des punch en vain, tandis que Vincent Tirel fait une session de kaméhaméha invisible avec un Professeur X discount sur un toit. Bonus : le tunnel de vannes trans de Carlito en début de film. Dites-vous que c’était déjà embarrassant à l’époque.

Norman, Natoo, Logan Paul… 5 films de Youtubeurs qui donnent envie de brûler des bébés chats