Pas de vacances pour l’Ukraine : les besoins de financement augmentent

Alors que la guerre en Ukraine s’éternise et que les perspectives économiques du pays se dégradent, les besoins financiers de l’État augmentent. Pendant ce temps, l’Union européenne tarde à accorder une aide macrofinancière plus importante et à organiser le financement de la reconstruction du pays.

Les guerres ont un coût. L’État ukrainien finance actuellement sa défense contre les attaques militaires russes alors que ses recettes fiscales sont en chute libre en raison de l’effondrement de l’économie.

Selon les estimations du début de l’année, l’économie ukrainienne pourrait se contracter de 35 à 50 % cette année, le Fonds monétaire international (FMI) estimant que le gouvernement ukrainien aura besoin d’environ 5 milliards de dollars par mois pour continuer à fonctionner.

Et cette somme augmente à mesure que la guerre se poursuit.

Les consommateurs et les entreprises se montrent plus prudents

Tymofiy Mylovanov, conseiller du bureau du président ukrainien Volodymyr Zelensky et ancien ministre de l’Économie, a confié à EURACTIV qu’il a « l’impression que les besoins vont augmenter ».

Selon lui, la population et les entreprises ont commencé à réaliser que la guerre pourrait encore durer plusieurs mois. « Tout le monde se montre beaucoup plus prudent avec ses fonds, les gens dépensent moins, les entreprises licencient davantage et les épargnes commencent à s’épuiser », a-t-il indiqué.

La semaine dernière, la société publique ukrainienne d’énergie Naftogaz est devenue la première entité gouvernementale ukrainienne à faire défaut depuis le début de l’invasion russe fin février.

En mai, la Commission européenne a proposé une aide macrofinancière à l’Ukraine d’un montant de 9 milliards d’euros et a mis en place une plateforme pour la reconstruction du pays.

Toutefois, à la fin du mois de juillet, les États membres de l’UE n’ont pu se mettre d’accord que sur un milliard d’euros d’aide, une somme qui permet de couvrir les besoins des Ukrainiens pendant une semaine environ.

Le premier milliard peut être versé car 70 % des prêts bonifiés accordés à l’Ukraine sont garantis par le budget de l’UE. Toutefois, le budget de l’Union a atteint ses limites et ne peut être utilisé pour couvrir les 8 milliards restants.

« Le caractère exceptionnel de cette aide macrofinancière découle des circonstances spécifiques de la guerre en Ukraine, qui nécessitent un taux de provisionnement au titre du budget de l’Union de 70 %, par opposition à un taux traditionnellement fixé à 9 % », a confié un porte-parole de la Commission à EURACTIV au début du mois.

Pour débloquer le reste de la somme, les États membres doivent donc s’engagent à fournir des garanties financières supplémentaires. La Commission a indiqué qu’elle s’efforçait de trouver une solution pour financer les 8 milliards d’euros restants « dès que possible ».

Il semblerait qu’il y ait un désaccord entre les États membres sur la question de savoir si cet argent doit être versé sous forme de prêts ou de subventions.

En effet, alors que la plupart des États membres du bloc veulent fournir le reste de l’argent sous forme de prêts, le gouvernement allemand préférerait que l’aide prenne la forme de subventions, car il craint que la Cour constitutionnelle allemande ne se prononce contre le versement de l’aide macrofinancière sous forme de prêts.

L’Ukraine devra-t-elle monétiser son déficit ?

En attendant, le manque de financement devient un problème pour Kiev. En tête de liste des dépenses prioritaires, on retrouve l’armée, ainsi que le développement de structures pour accueillir les personnes déplacées afin qu’elles soient en sécurité et au chaud pendant l’hiver.

« Si nous ne recevons pas les fonds, nous devrons monétiser le déficit budgétaire par le biais de la Banque centrale », a déclaré M. Mylovanov. « Et nous connaissons les répercussions théoriques de cette mesure : l’inflation », a-t-il poursuivi. En juillet déjà, la Banque centrale ukrainienne a dû dévaluer sa monnaie de 25 % par rapport au dollar américain.

Outre l’aide macrofinancière, l’Union européenne a également promis de co-diriger l’effort de reconstruction en Ukraine. Lors d’une récente conférence des donateurs organisée à Lugano, le gouvernement ukrainien a annoncé qu’il aurait besoin d’environ 750 milliards d’euros pour la reconstruction du pays.

L’UE n’a pas encore présenté de proposition détaillée sur la manière dont elle compte financer cette reconstruction. Un porte-parole de la Commission a déclaré qu’il ne fallait pas s’attendre à davantage de précisions avant la tenue d’une autre conférence des donateurs que l’exécutif européen prévoit d’organiser cet automne avec le gouvernement allemand.

« Ils [l’UE et le reste de la communauté internationale] vivent dans un monde normal où il est normal de partir en vacances et de prendre deux mois de plus pour discuter de la meilleure façon d’organiser la reconstruction et de peaufiner les objectifs prioritaires », a commenté M. Mylovanov.

« Nous ne vivons pas dans ce monde. Nous vivons dans un monde où des gens meurent chaque jour », a-t-il ajouté.

Pas de vacances pour l’Ukraine : les besoins de financement augmentent