Conte de Noël tech: Die Hard est un film de Noël! | NextPit

Pour Noël 2022, j’ai imaginé un monde futuriste et dystopique dans lequel un gouvernement tyrannique interdit à quiconque de regarder le film Die Hard à Noël. L’idée est de jouer sur le mème internet et le faux débat sur la question de savoir si Die Hard (Piège de Cristal) est, oui ou non, un film de Noël. Comme toile de fond à ce récit, j’ai aussi essayé de parodier des éléments de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et 1984 de George Orwell. 

Cet article ne sert à rien d’autre qu’à vous divertir et vous changer les idées pendant les fêtes. Je vous souhaite d’avance une bonne lecture et un bon réveillon.


Acte 1: Un film culte

– “Yippee ki-yay, pauvre con!” – Whouah, c’est tellement culte. 

– “Mouais, bof.”

– “Attends, mais qu’est-ce que t’as à faire la tronche, là? Tu sais combien de temps il m’a fallu pour trouver cette géocache, retaper le SSD coincé dedans et déchiffrer tous les fichiers pour trouver ce bijou du cinéma?”

– “Avec toutes ces interdictions et les pompiers qui crament le moindre exemplaire depuis des dizaines d’années, je m’attendais à mieux comme film, c’est tout.”

– “De quoi? T’es sérieuse meuf? On parle de Die Hard là! LE film de Noël ultime. Ce truc est sorti il y a plus de 80 piges. À ton avis pourquoi le Consulat interdit encore aujourd’hui à tout le monde de le mater dès qu’on arrive en décembre, hein? Tu crois que si c’était un nanar à la con, que cet enfoiré de Theodren…

– “Le Proconsul Theodren…”

– “… Ouais, cet enfoiré de Proconsul Theodren, bah tu crois qu’il s’amuserait à envoyer ses brigades de pompiers raser des immeubles entiers, torturer des gens et cramer tout ce qui ressemble de près ou de loin à un exemplaire de Die Hard si ce film était si naze que ça?” 

– “J’en sais rien. En tout cas je ne vois pas pourquoi le gouvernement se donne autant de mal, sérieusement. C’est clairement pas un film de Noël.” 

*boom boom schlack*

– “Hein? C’est encore les pompiers. Ils ont défoncé la porte de chez Hiro cette-fois. Oh!”

– “Quoi?”

– “Ils embarquent tout le monde. Même ses parents. Ah, merde. Y’en a un qui se ramène vers chez toi.” 

-” Arrête tes conneries. J’ai scanné mon bracelet à l’entrée avant le couvre-feu. Je suis clean.”

*boom boom boom*

– “Mr. Elias Wood, appartement 24b. Ouvrez la porte!” 

– “Tu crois qu’ils viennent pour le film?”

– “À ton avis! Efface tout! Magne toi. Ils vont enfoncer la porte!”

*boom… boom… schlack!*

– “Woah, hey, on se calme, on n’a rien fait!”

– “Elias Wood?”

– “Euh, ouais, c’est moi. Et elle c’est Sarah, ma copine. Qu’est-ce qu’on a fait de mal au juste? On a toutes les attestations qu’il faut et le couvre-feu n’est pas avant trois heures. Donc si tu crois que tu m’impressionnes avec ton armure en plastoc et ton casque à la Dark Vador, tu peux aller te faire f…” 

*schpoum*

Elias devait encore être en train de réfléchir à son insulte deux bonnes secondes après s’être pris un coup de crosse du pompier sans aucune sommation. Il s’écroula sur le sol, bouche-bée et totalement amorphe. 

– “C’est du kevlar, petit con.” Le pompier qui vient d’assommer Elias retire son casque chromé à la visière dorée et aux longues paragnathides couvrant ses joues. Dans son autre main, Sarah peut deviner la forme de son fusil incinérateur, teint d’un noir crasse comme le reste de son uniforme. C’est l’outil de choix des pompiers, parfait pour effacer toute trace du film Die Hard, mais aussi de leurs exactions. 

– “Sapeur Sonntag, ramène-toi! Embarque la gamine et tout ce matos électronique. Crame le reste.”

– “Oui caporal, et le suspect?” 

– “J’ai dit, crame le reste.”

Acte 2: Un film de Noël

– “500 incendies. Tu vas encore battre le record de la brigade si tu continues comme ça Sonntag. Hey, tu m’écoutes Winston?!”

– “Hmm? Oui, caporal. Je vais faire de mon mieux, caporal.”

Ce serait la troisième fois consécutive que Winston Sonntag battrait ce fameux record depuis qu’il a été promu au grade de sapeur 1ère classe. Mais il a de toute façon arrêté de compter les réveillons de Noël passés à chasser des asociaux qui confondent cinéphilie et dissidence politique. Bon, pas vraiment, mais il préfère ne pas trop y penser. On parle de vraies gens. Des gens qu’il connaissait, parfois. Des gens qu’il appréciait, parfois. Et tout ça pour quoi, un film à la con? Sonntag interrompit aussitôt ce dangereux fil de pensée. 

– “Au fait, caporal. Vous avez trouvé… le film dans le matériel qu’on a saisi chez le suspect?” 

– “Ouais, la gamine a fini par cracher le morceau et on n’a même pas eu à chercher bien loin. Mais pourquoi tu me demandes ça? Tu veux le voir ce film?” 

– “Comment? Non, absolument pas.”

– “Allez, on en a tous déjà vu au moins un extrait. C’est presque inévitable quand t’es pompier.”

– “Pas moi!”

Le caporal souriait mais le froncement subtil de ses sourcils remarqué par Sonntag trahissait une intention plus pernicieuse que la simple moquerie.

– “Tu sais, quand j’étais encore un jeune sapeur comme toi, j’ai dû intervenir pour une incinération d’urgence. Le petit neveu d’un ex-Consul s’était fait dénoncer et on avait trouvé toute une installation pour copier et distribuer Die Hard en masse. 

– “Je crois en avoir entendu parler à l’académie.”

– “Ouais, un vrai cas d’école. Faut dire que le gosse était un sacré petit génie. Du genre précoce. Son matos était dernier cri, pas étonnant vu la fortune du tonton. Et sa distribution en mains propres, avec des milliers de géocaches à travers la ville. Hah! Il passait totalement sous nos radars. Mais le pire, c’est qu’il a presque réussi à me faire douter de ma mission ce petit con. “

– “…” 

– “Quoi? Oh ça va, ne me regarde pas comme ça; Je parie que toi aussi, t’as eu des doutes parfois, non? Faut dire que c’est contre-intuitif comme mission. Cramer des trucs quand t’es pompier, c’est le monde à l’envers. Mais ce jour-là je me suis vraiment remis en question. Alors que son monde était en train de s’effondrer, ce gosse de riche me regarde de haut. Tu sais, ce regard comme seuls les riches savent le faire avec ses narines hautaines dilatées et ses yeux plissés. Et il me dit qu’il peut scientifiquement me prouver que Die Hard est un film de Noël.”

– “Encore un de ceux-là.”

– “Nan, le mec était vraiment malin. J’ai failli croire à ses conneries. Il a commencé par me sortir plein de chiffres. Tu savais que dans le film, on peut voir dix-neuf sapins de Noël en tout et pour tout? On peut aussi voir quinze autres décorations de Noël différentes.”

– “Il a vraiment compté, caporal?”

– “Attends Sonntag, c’est pas tout. Figure toi qu’on peut aussi entendre douze chants de Noël différents et le mot “Noël” est prononcé treize fois.”

– “D’accord caporal, mais ça ne veut rien dire.”

– “Je sais Sonntag, je sais. Mais ce qui m’a perturbé, c’est que le gamin avait plein d’autres statistiques sur plein d’autres films. Et il m’a sorti les chiffres pour le film Maman, j’ai raté l’avion.”

– “Un classique de Noël. Et?”

– “Et, désolé de t’apprendre qu’il y a plus de références à Noël dans Die Hard que dans Maman, j’ai raté l’avion. Pourtant, l’un a été déclaré apocryphe par le Consulat et son visionnage est très sévèrement puni. Et l’autre est vu comme étant un vrai film de Noël tout à fait légal. C’est marrant, non?” 

– “C’est fou jusqu’où ces fanatiques sont prêts à aller pour justifier leurs crimes. Peu importe le nombre de références à Noël. L’esprit de Noël, ce n’est pas un concept mathématique ni scientifique. Die Hard n’a rien à voir avec l’esprit de Noël.”

– Holà, Sonntag, détends-toi. Qui est-ce que t’essaies d’impressionner comme ça? Ou peut-être que t’essaies de te convaincre toi-même?”

Acte 3: Un film culte de Noël

*Scan réussi. Bien venu chez vous, Mr. Sonntag* 

– “Merci, Siri. Désactive l’alarme et fais préchauffer le four.” 

Cette histoire de chiffres du caporal n’arrêtait pas de trotter dans la tête de Sonntag. Est-ce que c’était censé être une leçon? Une métaphore? Ou alors peut-être un test? Est-ce qu’il se doute de quelque-chose? Impossible! 

– “Hey, Siri, dé-sac-tive l’a-lar-me.”

– “L’alarme a été désenchantée aujourd’hui à 17 heures. Souhaitez-vous la réactiver?” 

– “Hein, comment ça? Je viens à peine de rentrer. C’est quoi ce bordel, je suis sûr de ne pas avoir oublié de l’activer en partant en opé ce matin. Siri, appelle la caserne!”

Montag se retourne vers l’entrée de son appartement, cherchant du regard son arme de service. Trop tard. Il vient tout juste de sentir ses jambes se dérober sous lui, juste avant de céder à une douleur lancinante derrière la tête. 

– “Hey. Hey! Réveille-toi, connard!” 

– “Hein? Quoi? Mais t’es qui toi? Et qu’est-ce que tu fous chez moi?!”

Sonntag passe les trente premières secondes après son réveil à cligner des yeux d’un air béat,  le temps de se rappeller de la monumentale migraine causée par son assaillant. Ah, non, son assaillante apparemment.

– “T’es la gamine qu”on a embarqué ce matin.” 

– “Bien joué, Sapeur 1ère classe Winston Sonntag. Moi c’est Sarah. Et le mec que tu as laissé bruler dans ton glorieux 500ème incendie ce matin, c’était Elias. J’en ai appris des choses sur toi depuis notre première rencontre.”

– “Écoute, euh, Sarah. Je ne sais pas comment t’as fait pour sortir de la caserne ni pour entrer chez moi. Mais tu sais ce que tu risques en t’attaquant à un agent consulaire? Tu veux quoi? Te venger? Ton Elias a fait ses choix.” 

– “Winston Sonntag. T’es une vraie superstar à la caserne. Le fleuron du neuvième District, il paraît. Un vrai petit serviteur du Consulat, totalement convaincu que Die Hard n’est pas un film de Noël et que son visionnage doit être puni sans aucune exception, pas vrai?”

Sonntag s’apprêtait à répondre mais la gamine apeurée qu’il avait vue ce matin en enfonçant la porte de cet appartement 24b n’avait plus l’air si innoffensive que ça. Il devine la sillouhette de son arme de service, juchée au niveau de sa taille, cachée sous son haut. Les yeux noir de la jeune fille ont beau être rivés sur lui, son regard semble le transpercer, jusqu’à l’ignorer.”

– “Où tu veux en venir?” 

– “Pourquoi est-ce que t’as un exemplaire de Die Hard chez toi, Sapeur 1ère classe Sonntag? 

– “Arrête tes conneries. Viens-en au but.”

– “Et pas n’importe lequel en plus. Edition collector, coffret Blu-ray en métal. C’est rarissime. C’est même un miracle que les données du disque soient encore lisibles après tout ce temps. T’as essayé de le regarder?” 

– “…”

– “Evidemment que oui. Comme quoi, on prêche souvent contre ses propres péchés. Mais si je te disais que je peux te prouver et te convaincre que Die Hard est un film de Noël. Est-ce que tu me laisserais partir avec ton exemplaire et sans rien dire à ton cher caporal?”

– “Toi aussi tu vas t’y mettre? Tu vas encore me sortir une de ces théories fumeuses et me conter le nombre de fois qu’on voit un putain de sapin de Noël dans ce film, hein?!”

– “Non. Il n’y a que ces moutons du Consul pour croire que l’esprit de Noël peut être réduit à des mathématiques ou des formules scientifiques. Moi je te parle de l’essence de ce film. Elle est intrinsèquement liée à Noël.”

– “Tu perds ton temps, j’ai déjà appelé la caserne. Ma brigade sera là d’une minute à l’autre.”

 – “Dans Die Hard, John McClain ne serait jamais allé à Los Angeles s’il ne venait pas pour essayer de voir ses enfants et arranger les choses avec sa femme pour Noël.

– “Ferme-là et tire-toi tant qu’il en est encore temps.”

– “Et les terroristes, alors? Ils avaient besoin que la tour Nakatomi soit pratiquement vide, mais qu’il y ait quand même quelques personnes qu’ils puissent prendre en otage. Cette fête de Noël au bureau était essentielle à la réalisation de leur plan. Cette tentative de braquage n’aurait pas pu avoir lieu un autre jour que le jour de Noël.”

– “…”

– “Ah, tu vois? Tu commences à comprendre Sonntag! Mais je n’ai pas fini. John McClain traverse aussi la quintessence de l’arc du protagoniste de Noël. Il commence par ne pas être dans l’esprit de Noël, il a des problèmes familiaux et exècre l’ambiance de Noël qui règne partout. Il entame alors un voyage initiatique qui lui fait prendre conscience de l’importance de sa famille, il retrouve l’amour de sa vie et surmonte ses difficultés et le film se termine par un classique chant de Noël.”

*boom boom boom*

– “Ah, je crois que tes collègues pompiers sont là. Est-ce qu’ils viennent te sauver ou est-ce qu’ils viennent cramer le traître qui gardait un exemplaire de Die Hard chez lui depuis toutes ces années?

*boom boom boom*

– “Tu vois, Sonntag, je pense que comme John McClain, t’es à un carrefour de ta vie. Tu as passé toute ta vie à exécrer l’esprit de Noël sans jamais vraiment savoir pourquoi. Et là, t’es sur le point d’entamer ce voyage initiatique. Il faut faire un choix maintenant. Choisis de brûler ta copie de Die Hard et tout s’arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis de regarder Die Hard à Noël, tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre.” 

*boom boom boom*

– “…”

– “Alors? Quel est ton choix, Sonntag?”

FIN


Voilà pour ce conte de Noël 2022. J’espère que ça vous a plu. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez aller voir les deux épisodes précédents. Le premier est une parodie de A Christmas Carol de Charles Dickens, et le second est un délire de références à Maman, j’ai raté l’avion et Horizon Zero Dawn.

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