Le show biz défend les droits LGBT à la télévision publique polonaise mais pas au Qatar | Ojim.fr

Courage ou conformisme ? Pendant le concert annuel « Saint Sylvestre de rêve » (Sylwester Marzeń) organisé par la télévision publique polonaise (TVP), les membres du groupe américain de hip hop Black Eyed Peas arboraient des brassards aux couleurs de l’arc-en-ciel LGBT et se sont fendus d’une critique des autorités du pays hôte : « Nous ne sommes pas Black Eyed PiS » aurait déclaré le leader du groupe aux représentants de la télévision TVP avant d’entrer en scène, jouant sur les mots Peas (pois) et PiS le nom du parti conservateur au pouvoir.

Déclaration d’amour anti polonaise

Après le con­cert, il a expliqué à ses fans : « Il faut par­fois aller vers des gens qui n’ont pas les mêmes opin­ions pour les inspir­er. Pour mon­tr­er ce qu’est la tolérance. C’é­tait donc génial d’être ici, en Pologne, c’est un grand pays. » Et pen­dant le con­cert, avant d’interpréter un de leurs morceaux pop­u­laires inti­t­ulé « Where is the love » (Où est l’amour), ce même leader du groupe, qui se fait appel­er « will.i.am. » a lancé : « Nous dédions la chan­son suiv­ante à tous ceux qui ont subi des attaques haineuses cette année : la com­mu­nauté juive – nous vous aimons –, les gens d’origine africaine dans le monde entier – nous vous aimons –, la com­mu­nauté LGBTQ – nous vous aimons. »

Les Polon­ais auront donc com­pris que ce groupe, qui aurait été payé un mil­lion de dol­lars, selon les infor­ma­tions don­nées par les médias polon­ais, pour par­ticiper au con­cert de la Saint Sylvestre organ­isé par TVP, estime que les Juifs, les Africains et les per­son­nes s’identifiant au sigle LGBTQ sont par­ti­c­ulière­ment visés en Pologne. Seul mot gen­til à l’égard du pays qui les accueil­lait et les rémunérait pour ce réveil­lon du Jour de l’An : Will.i.am a remer­cié les Polon­ais pour leur aide à l’Ukraine en guerre. D’après le jour­nal Gaze­ta Wybor­cza, cela fai­sait par­tie du deal passé avec le prési­dent de la télévi­sion publique TVP juste avant l’entrée en scène prévue des artistes qui menaçaient de boy­cotter le con­cert et ren­tr­er chez eux si leur client leur refu­sait la pos­si­bil­ité de se pass­er ces bras­sards LGBT au bras.

Boycott d’une autre artiste

Les mem­bres du groupe Black Eyes Pea ont ain­si mis leur client et hôte dans l’embarras alors qu’ils avaient juste­ment été recrutés après le retrait bru­tal de « Mel C », ou Melanie Jayne Chrisholm, l’une des cinq Spice Girls. Mel C avait eu ouïe dire que TVP col­por­tait des pro­pos et con­tenus homo­phobes et avait sans doute craint pour sa répu­ta­tion d’artiste tolérante et inclu­sive. La chanteuse bri­tan­nique avait écrit sur son pro­fil Face­book le 26 décem­bre (cinq jours seule­ment avant la date prévue du concert !) :

« À la lumière de cer­tains prob­lèmes qui ont été portés à mon atten­tion et qui ne sont pas en accord avec les com­mu­nautés que je sou­tiens, j’ai bien peur de ne plus pou­voir me pro­duire en Pologne comme prévu le soir du Nou­v­el An. J’e­spère y retourn­er très bien­tôt. J’e­spère que vous passez tous un mer­veilleux Noël et je vous adresse mes meilleurs vœux pour 2023. »

Le deux poids deux mesures du lobby LGBT

La venue de Mel C avait été annon­cée trois jours plus tôt dans la prin­ci­pale édi­tion du jour­nal télévisé de TVP. Si sa déci­sion d’y renon­cer a sus­cité l’enthousiasme des milieux gau­cho-libéraux polon­ais, et plus encore des milieux LGBT ou « alliés » du lob­by LGBT, d’autres – inter­nautes, politi­ciens et médias – n’ont pas man­qué de faire remar­quer que la même artiste n’avait pas eu les mêmes états d’âmes avant de se pro­duire en 2018 à Saint Péters­bourg, en Russie, pays où, con­traire­ment à la Pologne, une loi inter­dit toute pro­mo­tion de l’homosexualité à l’intention des mineurs. On trou­ve par exem­ple des vidéos de ce con­cert sur le site naszemiasto.pl, dans un arti­cle pub­lié le lende­main de l’annonce par Melanie C de son retrait du con­cert organ­isé par TVP. La même année, la courageuse chanteuse se pro­dui­sait aus­si à Dubaï, aux Émi­rats arabes unis où, con­traire­ment à la Pologne, l’homosexualité est un crime pas­si­ble de peines pou­vant aller de l’expulsion à la peine de mort en pas­sant par la cas­tra­tion chim­ique et des amendes et des peines de réclu­sion pou­vant attein­dre dix ans de prison.

Les inter­nautes et mêmes des mem­bres du gou­verne­ment polon­ais ont rapi­de­ment fait les mêmes remar­ques à pro­pos de l’hypocrisie de Will.i.am. et de ses Black Eyed Peas quand ils se sont aperçus que les même artistes qui arbo­raient courageuse­ment, sans pren­dre aucun risque, leurs bras­sards LGBT à Zakopane, en Pologne, avaient été moins courageux lorsqu’ils s’étaient pro­duits à l’automne au Qatar, à l’occasion de la coupe du monde de foot­ball, puisqu’on peut les voir sur les vidéos cir­cu­lant sur Inter­net sans ces fameux bras­sards. Pour­tant, au Qatar aus­si, con­traire­ment à la sit­u­a­tion polon­aise, les rela­tions homo­sex­uelles sont inter­dites par la loi et pas­si­bles de 7 ans de prison ou même de la peine cap­i­tale pour les per­son­nes de con­fes­sion musulmane.

Le Qatar et l’Arabie saoudite sans brassard

« Hypocrisie des Black Eyed Peas – Con­cert Qatar – World Cup 2022 – Où sont les bras­sards ? » demandait le site wykop.pl sous une vidéo avec un court extrait du con­cert qatari quelques jours après le con­cert polon­ais du groupe. D’autres sites, tel upday.com, fai­saient remar­quer que les mem­bres de Black Eyed Peas n’avaient non plus porté de bras­sard LGBT lors de leurs con­certs en Ara­bie saou­dite et aux Émi­rats arabes unis. Un secré­taire d’État du min­istère de la Jus­tice à Varso­vie n’a pas tenu face à l’hypocrisie de ces représen­tants du show-biz anglo-sax­on et il est entré en dis­cus­sion avec Will.i.am sur Twit­ter en lui reprochant dans un tweet pub­lié le 31 décem­bre à 23h59, alors que le con­cert organ­isé par TVP durait encore :

« Alors pourquoi n’avez-vous pas boy­cotté la Coupe du monde au Qatar en rai­son du traite­ment réservé par le pays aux femmes, aux migrants et à la com­mu­nauté LGBTQ+ ? Vous avez ven­du des principes pour le prof­it. Hypocrisie. »

L’université sous l’emprise LGBT

Dans un pays comme la Pologne, c’est d’ailleurs le secré­taire d’État en ques­tion, Marcin War­choł, qui pour­rait bien subir des dis­crim­i­na­tions pour avoir cri­tiqué la pro­mo­tion, par le biais du groupe Black Eyed Peas, de l’idéologie LGBT sur la deux­ième chaîne de la télévi­sion publique. Il est en effet pro­fesseur à l’université de Varso­vie qui, comme les autres uni­ver­sités polon­ais­es, adhère à une vision pro­gres­siste de gauche et sup­porte mal les points de vue con­ser­va­teurs. Il s’est donc vite trou­vé un col­lègue de la fac­ulté de droit où enseigne le secré­taire d’État pour deman­der qu’une procé­dure dis­ci­plinaire soit entamée à l’encontre de ce mem­bre du gou­verne­ment qui a regret­té que la Saint Sylvestre de rêve sur TVP soit en réal­ité une « Saint Sylvestre des per­ver­sions ». En con­férence de presse, War­choł a con­fir­mé qu’il était sous le coup d’une men­ace d’expulsion de l’Université de Varso­vie. Une sit­u­a­tion dans une grande uni­ver­sité publique qui ne colle pas vrai­ment avec l’image de « régime » autori­taire accolée par les médias français et occi­den­taux aux gou­verne­ments du PiS en place depuis 2015.

Remous au gouvernement

L’affaire crée d’ailleurs des remous à l’intérieur même du gou­verne­ment de Mateusz Moraw­iec­ki qui est en réal­ité soutenu par une coali­tion, la Droite Unie, certes dom­inée par le par­ti Droit et Jus­tice (PiS) mais où les deux petits par­tis alliés aux PiS sont indis­pens­ables à sa majorité à la Diète. Un de ces par­tis alliés, c’est le par­ti Pologne sol­idaire du min­istre de la Jus­tice, auquel appar­tient Marcin War­choł, mais aus­si le vice-min­istre de l’agriculture, Janusz Kowal­s­ki, qui a reproché au pre­mier min­istre sa pas­siv­ité face à la pro­mo­tion de l’idéologie LGBT par la télévi­sion publique. Pour Kowal­s­ki, « les médias publics doivent pro­téger les Polon­ais d’une idéolo­gie dan­gereuse et ne pas per­me­t­tre, sous cou­vert de tolérance infan­tile, l’af­fir­ma­tion d’une idéolo­gie LGBT oppres­sive dont les mil­i­tants veu­lent enfer­mer les catholiques en prison et forcer la société à con­sen­tir à l’adop­tion d’en­fants par des cou­ples homo­sex­uels. » Le min­istre de la Jus­tice Zbig­niew Zio­bro est lui-même inter­venu en con­férence de presse en expli­quant : « Nous avons été sur­pris que TVP, qui fait par­tie de cet agen­da des valeurs, de la lib­erté, de la défense de ces valeurs sur lesquelles repose la con­sti­tu­tion polon­aise, ait décidé – selon les déc­la­ra­tions de ses représen­tants – de par­ticiper con­sciem­ment à la pro­mo­tion de sym­bol­es et de valeurs qui sont une néga­tion de la vision à laque­lle nos cer­cles poli­tiques ont con­stam­ment, à chaque occa­sion, assuré qu’ils seraient fidèles ».  « Nous sommes con­tre l’hypocrisie et le men­songe, con­tre ceux qui par­lent de tolérance et d’amour mais veu­lent en réal­ité impos­er leurs pro­pres vues aux autres », a égale­ment déclaré Zio­bro qui a rap­pelé les actes de vio­lence, de dégra­da­tion d’églises et d’actions volon­taire­ment blas­phé­ma­toires (comme des par­o­dies de messe pen­dant les march­es LGBT ou des par­o­dies de pro­ces­sions catholiques où le Saint Sacre­ment avait été rem­placé par un vagin) com­mis au cours des années écoulées par des mil­i­tants LGBT polonais.

Le pre­mier min­istre Mateusz Moraw­iec­ki a quant a lui déclaré à pro­pos de cette affaire de bras­sards au « con­cert de rêve » de TVP : « Nous sommes très tolérants, nous n’allons pas cen­sur­er les artistes. » Et c’est aus­si la ligne adop­tée par le PiS. D’après le site Wirtu­alne Media spé­cial­isé dans l’actualité des médias polon­ais, déci­sion a donc été prise au siège de la télévi­sion publique, après les protes­ta­tions des lead­ers du par­ti de Zio­bro, de ne plus accueil­lir les politi­ciens de son par­ti Pologne sol­idaire sur les plateaux des chaînes de TVP.

Le PiS influencé par la gauche libérale libertaire ?

Il n’empêche que la nou­velle du un mil­lion de dol­lars payés avec, au moins en par­tie, l’argent du con­tribuable polon­ais (du fait de la rede­vance et des sub­ven­tions publiques) à un groupe de hip hop améri­cain con­nu pour sa propen­sion à pro­mou­voir l’agenda LGBT passe plutôt mal dans l’électorat con­ser­va­teur et ses médias. C’est ain­si qu’un jour­nal­iste con­ser­va­teur très con­nu comme Piotr Sem­ka écrivait le 6 jan­vi­er dans l’hebdomadaire Do Rzeczy :

« Je ne chercherai pas à savoir qui, rue Woron­icza [au siège de la télévi­sion publique polon­aise, ndlr.], est respon­s­able du fait que, après le “râteau” que la télévi­sion a reçue de Mela­nia C, un groupe a été invité à la place pour une somme ron­delette et dont on pou­vait s’at­ten­dre à exacte­ment le genre de démon­stra­tion que nous avons vu le soir du Nou­v­el An. Pour les électeurs de droite, il y a autre chose de beau­coup plus grave. Les prin­ci­paux respon­s­ables poli­tiques du PiS com­men­cent à adhér­er à la rhé­torique imposée par la gauche selon laque­lle les bras­sards arc-en-ciel ne doivent être asso­ciés par per­son­ne à une quel­conque poli­tique ou à un quel­conque con­flit de civil­i­sa­tion. »

Les électeurs de droite en Pologne, ayant don­né la majorité absolue à la coali­tion portée par le PiS en 2015 et 2019, seraient en effet en droit d’attendre de la télévi­sion publique qu’elle apporte un point de vue con­ser­va­teur dans un paysage télévi­suel dom­iné par les groupes de télévi­sion privée – Pol­sat (à cap­i­taux polon­ais) et TVN (pro­priété de l’Américain Dis­cov­ery) – qui, eux, adhèrent à l’idéologie lib­er­taire dom­i­nante en Europe. C’est ain­si que TVN ne vient de renon­cer à la deux­ième édi­tion de son émis­sion de télé réal­ité « Prince Charm­ing » – où un prince char­mant devait choisir son bien-aimé par­mi un groupe d’hommes à force d’éliminer ceux qui ne lui plai­saient pas – que parce que la pre­mière édi­tion n’avait pas fait assez d’audience. Les auteurs de l’émission soulig­nent que sa mis­sion est d’éduquer la société à la tolérance, au quo­ti­di­en et aux droits des per­son­nes LGBT. La pre­mière édi­tion, émise sur la chaîne TTV du groupe TVN, a sus­cité qua­tre plaintes reçues par le con­seil nation­al de la radio­phonie et de la télévi­sion (KRRiT), le CSA polon­ais. Les qua­tre plaintes ont été rejetées.

Mal­gré cela, c’est en Pologne, et pas dans les pays de la Pénin­sule ara­bique, que les artistes anglo-sax­ons du type Spice Girls ou Black Eyed Peas, vien­nent faire leur cirque en faveur des minorités sex­uelles qu’ils esti­ment réprimées.



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